Le blanc n'existe pas : La neige virevolte !
Ce matin, la neige virevolte et tombe de façon aussi dense que dans ces estampes japonaises de Kunisada (1786-1865) et je ne peux m’empêcher de faire un petit clin d’œil osmotique à Cacoune qui est ici et nulle part ailleurs !
De mon bureau, j’ai une vue légèrement plongeante sur la rue et j’aperçois les parapluies penchés, recouverts peu à peu par la neige. Deux passantes ont cette démarche attentionnée, hésitante et légèrement courbée pour esquiver les flocons qui savent si bien s’infiltrer dans les vêtements, un manteau bleu de prusse et un délicat kimono gris-vert. Un passant (?), vêtu d’un manteau plus épais, arrive en sens inverse, poussé par le vent, une lanterne à la main. La neige envahit le paysage cotonneux et ouaté, bientôt le chemin s’estompe sous le voile blanc …
Cette estampe “Neige abondante à la fin de l’année” (ci-dessus) comme celle-ci du même artiste “Hiver” (ci-contre) font partie des estampes japonaises collectionnées par Claude Monet qui en était un grand amateur.
Force suggestive et simplicité du trait, avec des petits points ronds pour évoquer les flocons de neige dans ces deux estampes, avec pour le triptyque le trait rehaussant le bandeau blanc qui suffit à évoquer le chemin, avec le vent qui s’engouffre dans les vêtements et qui referme un parapluie ce qui nous fait sentir la tourmente de neige, avec pour l’autre estampe la patte du chien relevée, comme interrogatif, qui doit sentir qu’il s’enfonce dans le sol, avec l’écharpe que la femme tient dans sa bouche, ses mains étant occupées à relever sa robe et à tenir son parapluie.
Style à la fois dépouillé et essentiel, il me semble à chaque fois, devant les estampes japonaises, goûter un instant d’éternité qui ne se reproduira plus …
“La fenêtre se découpait sur un ciel uniformément gris, d’où tombaient, comme des pivoines blanches, de gros flocons accourant droit sur eux, eût-on dit, dans un silence harmonieux et paisible qui avait quelque chose de surnaturel” Kawabata, Pays de Neige.
Commentaires
Cacoune — 07 février 2009 à 16:44
Alors ça, oui, c’est étonnant ! Le hasard existerait-il finalement ? :o)
En tout cas, merci, pour ce cadeau en ce jour que je décide mien : de la neige et des estampes japonaises ! Me voilà comblée.
Merci beaucoup.
myriam — 07 février 2009 à 18:49
Encore une fois, Très Bon Anniversaire Cacoune !
Douterais-tu que le hasard puisse exister ? GMTA ‘)
joye — 07 février 2009 à 21:44
Très jolies.
Laëtitia Delaide — 07 février 2009 à 23:02
Merci ! :-)
Pierre (de Champ) — 08 février 2009 à 12:23
C’est un grand plaisir de découvrir in fine l’heureuse association avec Y. Kawabata.
“Pays de neige” est le roman qui m’a ouvert les portes de la littérature japonaise.
Par ces temps enneigés on peut aussi se plonger dans “Un roi sans divertissement” de Jean Giono…
myriam — 08 février 2009 à 16:56
Bienvenue sur notre blog !
Je crois que c’est également le roman qui m’a ouvert les portes de la littérature japonaise … J’ai adoré du même auteur “Le Maître de go”.
Je ne connais pas le livre de Giono que vous citez.
Tilleul — 08 février 2009 à 22:15
C’est surtout le mouvement qui est bien rendu… J’aime beaucoup “hiver”, il s’en dégage une grande sérénité…
Les chaussures ne sont pas ordinaires… des crampons pour ne pas glisser? ou bien était-ce un modèle de chaussures à la mode au Japon?
Laëtitia Delaide — 08 février 2009 à 22:39
C’étaient les chaussures à la mode ! des “geta” ! “Les « geta » (下駄) sont des sandales de bois composées d’une planche (dai-台) faisant office de semelle. Celle-ci est percée d’un petit orifice par lequel passe une lanière destinée à maintenir le pied. Cette dernière s’introduit entre le gros orteil et les autres doigts de pied. Sous la « semelle » se trouve fixées deux lames de bois positionnées dans la largeur du pied. La première de ces lames (ha-歯) se trouve vers l’avant de la sandale, la seconde vers l’arrière. Lorsque ces sandales sont exécutées dans une seule pièce de bois, elles portent alors le nom de pokkuri ou komageta.
La hauteur des lames varie en fonction de l’usage (plus basses pour les travaux extérieurs (tageta), plus hautes pour les femmes (takageta). Certaines geta spécialement conçues pour affronter la pluie se nomment « ama-geta »” (extrait de www.clickjapan.org)
’)
Tilleul — 09 février 2009 à 10:34
Merci pour l’explication…
Brrr, elles sont pieds nus dans la neige… :-)
Laëtitia Delaide — 09 février 2009 à 10:44
Pas tout à fait, les « geta » se portent avec des chaussettes particulières nommées « Tabi ».
Nous allons devenir incollables !
Douce journée à toi Tilleul ! :-)
mariev — 09 février 2009 à 20:58
c’est vrai qu’elles sont très évocatrices!!
j’aime toujours l’apparente simplicité des traits dans les “dessins” orientaux, tout comme j’admire (sans y toucher) la force incisive d’un haïku
merci à vous, vraiment!
;)
myriam — 09 février 2009 à 21:48
Je t’en prie Mariev ! Bonnes vacances à toi avec un ès haïku! ‘)
Neige du matin
Ton souvenir perdure
Miroir de satin
brigetoun — 10 février 2009 à 11:31
et à travers toi, Kawabata et les estampes que la neige a de charme ! est-ce le sentiment des femmes courbées sous leur parapluie ?
grillon — 10 février 2009 à 14:36
Intéressante, l’explication des chaussures ! Flocons de neige en attendant les pétales de cerisier, c’est si beau !
Laëtitia Delaide — 10 février 2009 à 15:25
Oui, brigetoun, malgré les bourrasques il y a beaucoup de charme et de douceur qui se dégagent de ces silhouettes courbées et de ces flocons, tels des pivoines blanches … ;-)
Je reste sous le charme de cette beauté ! Bonne après-midi Grillon !
la dilettante — 11 février 2009 à 13:26
“Quand fondra la neige où ira le blanc ?” Rémy Zaugg, là où l’art contemporain rejoint l’art moderne voire les anciens
Laëtitia Delaide — 11 février 2009 à 18:28
Et bien sur un tableau de Rémy Zaugg ! là http://elisabeth.blog.lemonde.fr/2009/02/10/chhttt%E2%80%A6le-merveilleux-dans-l%E2%80%99art-contemporain-2eme-volet/ ou là http://espace-holbein.over-blog.org/archive-12-17-2006.html