El Greco : le chemin vers l'abstraction
L’exposition “Picasso et les Maîtres” m’a permis de découvrir une toile intrigante du Greco (peintre qui a considérablement influencé le maître espagnol de la peinture moderne) : La visitation (1610-1614).
Ce tableau d’un format plus petit que la moyenne des peintures du Greco (96,5 sur 71,4 cm) est fascinant à plus d’un titre. Tout d’abord on notera la pleine utilisation du fameux “bleu électrique” du Greco avec ces étoffes soyeuses, brillantes, surnaturelles ainsi que le ciel aux nuages bleus / gris filiformes et tourmentés. Mais surtout, le plus frappant est la géométrisation des deux modèles, la Vierge et Élisabeth, deux corps dont les drapés dessinent un espace presque abstrait. Ce tableau est d’une audace de composition incroyable pour l’époque et annonce de façon fulgurante les grandes compositions abstraites qui ne surgiront que… trois cents ans plus tard !
On a reproché au Greco d’avoir “banalisé” la Vierge, en la plaçant au même niveau qu’Élisabeth, ce qui était considéré comme presque blasphématoire à l’époque. Le Greco en aurait beaucoup souffert, ayant toujours été très croyant.
Je vous laisse méditer sur ce tableau unique qui appartient au Dumbarton Oaks Museum, à Washington.
Commentaires
jardinbaroque — 04 février 2009 à 17:18
Chers Myriam et Philippe,
Tout d’abord, un grand merci, une fois encore, pour la découverte d’un tableau que je ne connaissais pas et qui me ravit.
Vous avez raison, la géométrisation des figures est telle ici qu’elle en devient fascinante; on dirait que les deux femmes ne sont pas traitées comme des personnages vivants, mais comme des éléments d’une architecture animée, au sens propre de cet adjectif. Ce qui me surprend aussi, c’est que la position des deux corps pourrait suggérer que les deux protagonistes s’apprêtent à esquisser un pas de danse sur l’espèce de patère qui les soutient. Déroutant et magnifique.
Bien amicalement à tous les deux.
joye — 04 février 2009 à 17:52
J’aime beaucoup El Greco, il était bien en avance de son temps. :-)
Laëtitia Delaide — 05 février 2009 à 10:12
Cher Jardin Baroque, effectivement les deux protagonistes pourraient danser une valse (le beau Danube bleu pour rester dans les mêmes couleurs !), l’ensemble de la composition de ce tableau étant circulaire (les deux visages tiennent dans un cercle, chacun des drapés dans un cercle qui dépasse le cadre du tableau, le piédestal sur lequel elles se tiennent étant lui-même rond), dans une mise en abîme qui, elle-même, est circulaire …
Well ! Well ! :-)!
grillon — 05 février 2009 à 16:14
Beau tableau, un plaisir de le voir, cependant l’audace de la composition n’est pas complètement voulue par l’artiste mais par l’architecture, il s’agissait au départ d’une commande pour orner une chapelle, deux projets de forme ronde, L’Assomption et la Visitation.
Le Greco nous habitue à ses formes très modernes, voir le Laocoon de la NG de Washington, ou Le cinquième sceau de l’Apocalypse au met de New York, c’est fou, hein ! ( ça rappelle Matisse )
Laëtitia Delaide — 05 février 2009 à 18:15
Tout à fait ! Dans une note précédente (16/09/2008), nous avions rapproché le Laocoon avec un tableau de Cézanne, Le cinquième sceau http://www.kulturica.com/img/beaux-arts/sceaubg.jpg est également très impressionnant ! (Personnellement, cela me fait plus penser à Cézanne qu’à Matisse).
Merci Grillon pour ces compléments.
mariev — 06 février 2009 à 17:35
plus que la géométrisation des deux personnages, je trouve que les étoffes semblent être faites de la pierre environnante, ce qui en fait des éléments de l’architecture …
je n’avais pas vu tous les cercles, heureusement que j’ai lu les commentaires ;)
le truc, c’est que je ne vois pas laquelle est la Vierge!
disons que le modèle de droite, par la manière dont il se découpe très nettement contre ces “évaporations” blanches du mur (je ne vois pas le ciel, je vois un mur) qui pourtant semblent être des émanations du personnage … est beaucoup plus particulier que l’autre … donc .. la Viergeje m’ai trompé ??
;)
myriam — 06 février 2009 à 18:03
La Vierge est effectivement à droite et dans ces “évaporations” je vois presque un autre corps, émanation de la vierge qui expliquerait l’immaculée conception …
Bonne soirée !
:-)
Tilleul — 06 février 2009 à 20:25
Splendide! Si El Greco a influencé Picasso, il n’y a aucune comparaison entre les deux… Cette œuvre est une merveille! Merci bleucobalt!
Laëtitia Delaide — 06 février 2009 à 21:47
Merci Tilleul et bonne fin de soirée !
;-)!
la dilettante — 11 février 2009 à 13:37
En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
Evangile de l’apôtre saint Luc
1, 39Il apparaît clairement que c’est Marie qui rend visite à sa cousine Elisabeth, qui se trouve sur le pas de la porte de sa maison.
Mais pourquoi Elisabeth ne serait-elle pas sur le même plan que Marie, abstraction faite du mystère de l’immaculée conception ?
signé : Elisabeth .....
Laëtitia Delaide — 11 février 2009 à 18:40
Merci Elisabeth pour ce rappel des écritures.
Voici une autre belle visitation plus ancienne http://dijoon.free.fr/marie-elizabeth.jpg que l’on peut voir au Musée des Beaux Arts à Dijon, il s’agit de volets peints par Melchior Broederlam en 1394-1399 sur le Retable de la Crucifixion http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://dijoon.free.fr/marie-elizabeth.jpg&imgrefurl=http://dijoon.free.fr/text-retable2.htm&usg=__wEHJGt97-MCLmN4bozAzzp4tGIY=&h=531&w=340&sz=28&hl=fr&start=39&sig2=_Q-7snEfoXJCrURnFE53Rg&um=1&tbnid=TIGQpkziWVjInM:&tbnh=132&tbnw=85&ei=Kw-TSYCqDIHEjAfL3-ilCg&prev=/images%3Fq%3Drepr%25C3%25A9sentation%2Bvierge%2Bet%2Belisabeth%26start%3D36%26ndsp%3D18%26um%3D1%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26sa%3DN