Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

Jaune lumineux : le jaune Mantegna

7 janvier 2009

Mantegna Adoration des bergers 1 La superbe exposition au Louvre sur Andrea Mantegna a permis de cerner le génie de ce peintre qui tient une place si particulière dans le Quattrocento. Ce dernier ne tient pas seulement à ses compositions audacieuses, ses paysages aux circonvolutions inouïes ou ses “délires” géologiques. On note le plus souvent la minéralité de ses personnages, comme taillés dans la pierre, de ses drapés (à l’instar les maîtres flamands qui l’ont influencé) comme sculptés dans le marbre.

On mentionne moins souvent un point qui m’a Mantegna Sainte familleparticulièrement marqué à savoir l’utilisation de variantes chromatiques autour du jaune et de l’orangé.

Qu’il s’agisse du jaune éclatant de la tunique de Joseph dans l’Adoration des bergers , vers 1455-1456 (quel paradoxe : l’immaculée conception et l’adoration des bergers mettent en principe Joseph de côté ; Mantegna représente physiquement à quel point Joseph est dans une posture inconfortable. Pourtant avec cette tunique d’un jaune éclatant et sa place dans la composition, on ne voit que lui sur ce tableau....) , ou les turbans de la Vierge comme de Balthazar dans l’Adoration des mages (voir la note précédente), ou bien de Sainte Elisabeth dans la Sainte Famille , vers 1500-1505, Mantegna fait varier le spectre du jaune avec une maîtrise étonnante et demeure, à ma connaissance, l’un des rares peintres de la Renaissance à donner à cette couleur une place aussi prépondérante. Il s’agit indéniablement d’une des contributions les plus directes à la lumière étonnante de ses peintures, au delà du travail de plus en plus maîtrisé sur le dégradé des ciels du bleu profond au blanc de l’horizon. Qu’il s’agisse d’un travail “A tempera” ou d’une peinture à l’huile, ce jaune et ses variantes ont conservé toute leur intensité et confèrent à son oeuvre une identité très spécifique.


Commentaires

Tilleul08 janvier 2009 at 09:43

On n’a pas l’habitude de voir une telle crèche, mais je la trouve pourtant naturelle… Joseph qui se repose (sur le côté d’accord!) mais on dirait que les bergers le regardent lui et pas l’enfant.
Je ne connaissais pas du tout Mantegna, je suis admirative de son talent…


Myriam et Philippe08 janvier 2009 at 10:50

Oui, pour les bergers, c’est un effet de la perspective, vu leur position nous n’aurions pas dû voir leur visage, hors le peintre a choisi de nous montrer leurs émotions.
Mantegna est véritablement un peintre fascinant …


joye08 janvier 2009 at 10:53

Ces tableaux, les ont-ils nettoyés ? C’est difficile à croire que cet éclat perdure depuis des siècles sans quelques soins.


Myriam et Philippe08 janvier 2009 at 11:02

Oui, tu as tout à fait raison.
Je te réponds déjà pour le tableau de la “Sainte Famille avec Sainte Elisabeth”. Ce tableau, peint à la colle et réhaussé d’or, fait son apparition en 1986 dans une vente publique. “Il est acquis par le Kimbell Art Museum en 1987 et fait l’objet d’une restauration par John Brealey : à cette occasion, ce dernier est parvenu à récupérer la toile d’origine qui avait été doublée par une toile plus récente et à réintégrer la surface picturale, en partie endommagée par des usures et des chutes de la matière picturale” (extrait du catalogue de l’exposition).
C’est tout à fait incroyable ce que les restaurateurs d’œuvres d’art parviennent à faire maintenant …


Myriam et Philippe09 janvier 2009 at 14:52

En ce qui concerne le tableau “L’adoration des bergers”, en 1924, le panneau a fait l’objet d’une transposition de bois sur toile. Et il semblerait que ce tableau ait été réduit sur les deux côtés : à droite, il manquerait un tronc d’arbre au premier plan, et à gauche l’âne à côté du bœuf …


joye09 janvier 2009 at 21:31

Oui, parfaitement (et merci pour les réponses).

Cela dit, j’ai DÉTESTÉ la Chapelle Sixtine restaurée. Pour mes yeux, c’était comme si on avait pris les images que je connaissais si bien et les avait refaites en BD.

(tu vois, je n’ai aucun goût !)


Myriam et Philippe09 janvier 2009 at 22:14

C’est vrai que les restaurations d’œuvres d’art sont compliquées et qu’elles n’ont pas toujours été faites dans les règles de l’art et même certaines ont pu dénaturer les œuvres qu’elles étaient censées protéger.
En France, nous sommes d’ailleurs généralement assez frileux à ce sujet par rapport aux restaurations de grande ampleur entreprises chez les italiens (la Chapelle Sixtine à Rome, la Chapelle Brancacci à Florence) et les tableaux exposés au Louvre sont assez souvent sombres. Cependant “Les noces de Cana” de Véronèse ont été restaurées récemment ainsi que la Galerie d’Apollon http://www.cnrs.fr/chimie/communication/images/images-chimietous/minidossiers/Restauration_des_noces_de==Cana.pdf
Personnellement, je suis subjuguée par la fraîcheur des couleurs que ces dernières restaurations ont permis de découvrir…
Mais c’est vrai que notre œil n’est pas forcément prêt à voir celles-ci telles qu’elles étaient à l’époque, par exemple les colonnes du Parthénon que l’on voit à présent blanches devaient être vraisemblablement à dominante rouge.
Un article intéressant sur ce sujet http://www.creatic.fr/cic/B037Doc.htm


ariane12 janvier 2009 at 21:33

Mais c’est dommage qu’à cette époque on ne savait pas dessiner les enfants enfin Jésus car cela rendrait le tableau peut être plus beau ! Mais je trouve que le regard du petit Jésus sur cette peinture est très beau !
Pour l’autre peinture, il y a souvent des détails qui sont cachés !
Super le blog !! :)


Myriam et Philippe13 janvier 2009 at 13:39

Coucou Ariane ! Oui, le regard du petit Jésus est très attendrissant !


la dilettante13 janvier 2009 at 13:40

La position de Joseph, juste appuyé sur un tronc (symbole du charpentier ?) inconfortable, certes, parce que son rôle est de veiller sur la sainte famille, mais pourquoi la couleur jaune, qui est une couleur solaire, qui n’est jamais réservé aux pauvres, au rôle secondaire que l’on accorde à ce saint, et que l’on positionne très souvent, à l’écart de la Vierge et de l’enfant Jésus, ici entourés par les angelots, pour bien séparer le monde terrestre du monde spirituel ? Peut-être a-t-il été inspiré par son beau-frère Giovanni Bellini, qui utilisait avec bonheur ce pigment.


Myriam et Philippe13 janvier 2009 at 19:13

Bonsoir.
Effectivement, Giovanni Bellini utilise également ce pigment avec bonheur comme dans le tableau “L’enfant Jésus et Syméon”, vers 1500, http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://catholique-rouen.cef.fr/IMG/jpg/Giovanni_Bellini._Infant_Christ_and_Simeon._c._1500._Tempera_on_panel._62x82.5_cm._Thyssen-Bornemisza_Collection_Lugano-Castagnola_Switzerland._jpeg.jpg&imgrefurl=http://catholique-rouen.cef.fr/spip.php%3Farticle549&usg=__6dGR6YwizttmZ324vcLAOSR5rr0=&h=535&w=759&sz=31&hl=fr&start=1&sig2=uAjeuXoT_hNwkHyJobLELw&um=1&tbnid=fwTnxk3IR7uTsM:&tbnh=100&tbnw=142&ei=QtxsSdnwLdWxjAe64pj6Cg&prev=/images%3Fq%3Dgiovanni%2Bbellini%26um%3D1%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26sa%3DN, de là à savoir qui a influencé l’autre, cela dépasse mes compétences …


mariev20 janvier 2009 at 19:14

je n’ai pas forcément toutes les références nécessaires, mais deux mots me sont venus à l’esprit
tellurisme
solaire

merci ;)


Myriam et Philippe22 janvier 2009 at 12:16

Oui, mariev, tes deux mots illustrent bien la peinture de Mantegna.