Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

Rêves cosmiques

14 décembre 2008 · Bleu de cobalt

Je trouve que le parallèle entre le monde onirique des pastels d’Odilon Redon et le cosmos révélé avec photographie à haute résolution des télescopes spatiaux est particulièrement troublant.

Odilon Redon Roger et Angélique A titre d’exemple, comment ne pas comparer l’intensité et les fondus d’un pastel comme le Roger et Angélique (visible au MoMA à New York) et… une photographie d’un partie de la Nébuleuse M8 (Nébuleuse “Lagoon” de la constellation du Sagittaire).

Dans un cas comme dans l’autre, on est saisi par la profondeur d’un univers tourmenté, mêlant le noir profond, le bleu avec toutes les nuances de brun que fournit la poussière irisée. De même, à chaque fois, une tâche claire de lumière aveuglante surgit. Dans le pastel de Redon les deux personnages (Roger combattant l’orque pour délivrer Angélique) sont comme perdus dans l’immensité d’un univers chaotique. Redon représente la mer et les rochers dans une nuit profonde. Sa représentation onirique sublime le paysage pour le tendre vers un abstrait qui rejoint l’immensité inquiétante et étrangère duNébuleuse M8 Lagoon monde cosmique.

C’est vraiment fascinant de voir comment une représentation figurative passée sous le prisme de l’imaginaire d’un peintre de la fin du XIXème siècle rejoint de façon fulgurante l’image d’un immensément grand qui ne nous a été révélée qu’au cours des dernières décennies.

Finalement, du point de vue technique, il n’y a peut-être pas tant de mystère que cela. Le pastel n’est que poussière, certes colorée de différents pigments, mais poussière tout de même. Cette technique rejoint naturellement le monde de nébuleuses qui sont elles aussi des espaces de poussière, jouant avec la lumière.

A méditer !


Commentaires

Tilleul15 décembre 2008 à 22:55

Bon, je recommence… (c’est la troisième fois, mais j’ai fait deux fois une fausse manoeuvre…)
La similitude des couleurs est en effet, troublante. La photo pourrait être un tableau et vice-versa. Le rocher me fait penser à un visage de profil (sur les deux). Roger et l’orque sont dans le “flou”… Seule, Angélique fait la différence.
Bravo pour ce travail de recherche… j’ai pris plaisir à comparer ces deux tableaux.


Bertrand16 décembre 2008 à 02:19

Bonsoir,

Quel étrange jeu de correspondances. Quand la poussière, l’infiniment petit, grime l’immensité.

Il y a presque du fractal dans cette vision du monde.
Peut-être la retrouve-t-on dans de nombreuses cultures autour des mandalas tibétains, ou des ciels étoilés des communautés aborigènes, à la fois parcours initiatique et médiation avec les esprits ancestraux… A méditer en effet.

Bàv,
Bertrand


Laëtitia Delaide16 décembre 2008 à 12:29

. Bonjour Tilleul, merci pour ta patience (de temps en temps, les commentaires c’est un peu compliqué) ; tout à fait, la photo pourrait être un tableau !
. Bienvenue Bertrand sur notre blog. Nous vous réservons encore bien d’autres découvertes …


joye16 décembre 2008 à 13:07

Absolument ! Wow !

Et merci ! Bien sûr que je ne connaissais pas l’artiste.


Laëtitia Delaide16 décembre 2008 à 14:09

Bonjour Joye, à l’heure actuelle, on peut découvrir des pastels d’Odilon Redon à l’exposition “Le mystère et l’éclat” au Musée d’Orsay (http://www.musee-orsay.fr/fr/manifestations/expositions/au-musee-dorsay/presentation-detaillee/page/4/article/pastels-du-musee-dorsay-16509.html?tx_ttnews[tx_pids]=591&tx_ttnews[tt_cur]=16509&tx_ttnews[backPid]=223&cHash=c942d183b9)


jardinbaroque17 décembre 2008 à 21:13

Bonsoir Myriam, bonsoir Philippe,
et merci, une nouvelle fois, pour ce billet qui me permet une totale découverte avec une partie de l’histoire de l’art que l’amateur de peinture médiévale, renaissante et baroque que je suis ne connaissait pas. Les similitudes que vous relevez entre le pastel de Redon et le cliché spatial sont, en effet, particulièrement troublantes. Je m’interrogerai toujours, je crois, sur ce qui peut habiter l’esprit d’un artiste capable de créer de telles choses [oui, ma formulation est ambiguë pour ce qui est de l’artiste, et c’est voulu ;o)].
Un grand merci pour le lien qui m’a permis de voir un autre pastel de Redon qui m’a beaucoup touché : son Vieillard ailé barbu.
Bien cordialement à tous les deux.


Laëtitia Delaide18 décembre 2008 à 18:34

Bonsoir Cher Jardin, nous sommes ravis de vous emmener dans des contrées inconnues et nous ne sommes pas étonnés que ce pastel de Redon vous ait touché, il est en effet étonnamment proche du tableau de Pieter de Grebber “Le roi David en prière” 1635-1640 qui illustre votre billet musical “Délices de chaire” http://jardinbaroque.mabulle.com/index.php/2008/12/14.
Je crois (je n’engage que moi) que ce qui peut habiter l’esprit d’un artiste capable de créer de telles choses c’est la sensibilité au monde qui l’entoure, sa sensibilité extrême …
A bientôt dans votre jardin.


M.-F. Vandenberghe07 janvier 2009 à 21:08

Bonjour, je vais voir l’expo du musée d’Orsay prochainement. Lors de ma dernière visite, en 2005, j’étais déjà restée longuement en arrêt devant différents pastels. Quand le pastel est traité comme de la peinture. Quand je travaille au pastel (je peins), en somme, je peins au pastel et j’essaie d’y mettre aussi des points de lumière, ou de la couleur qui sonne comme de la lumière. Votre blog est captivant. Hum,hum, il me ferait presque regretter d’avoir “effacé” le mien, l’ex pivoine blanche, de la toile, mais bon, les regrets sont stériles, et j’en ai heureusement gardé une copie pour moi - mais je faisais, comme vous, des comptes-rendus d’expos que j’étais allée visiter.


Laëtitia Delaide08 janvier 2009 à 10:44

Bienvenue sur notre blog M-F et bonne visite au musée d’Orsay. Vous pourrez, pourquoi pas, nous livrer vos émotions …