Une tendresse bienvaillante ...
En visitant l’exposition Van Dyck au Musée Jacquemart-André, j’ai été frappée par la similitude entre ce tableau “Double portrait d’un homme et de son épouse” datant de 1618-1619 et “L’entretien, Cap d’Antibes” peint en 1923 par Picasso et présenté actuellement à l’exposition “Picasso et les Maîtres” au Grand Palais. C’est comme s’il y avait eu un miroir entre ces deux tableaux, le couple du 17ème siècle se retrouvant projeté au début du 20ème siècle !
Même composition harmonieuse inscrite dans un cercle, l’homme dans les deux tableaux passe le bras derrière la femme (dans un cas la main repose sur le dossier du fauteuil, dans l’autre cas la main repose sur l’épaule), et, de son autre main, il tient la main de sa femme (dans la peinture hollandaise, union symbolique de leur main droite qui marque l’union nuptiale, la traditionnelle dextrarum junctio , main gauche chez Picasso). Même attitude d’affection et de sollicitude de l’homme pour son épouse ou sa compagne qui est accentuée par la tête légèrement inclinée de l’homme (cette composition est à rapprocher de celle de la “Famille Brueghel” peinte par Rubens en 1612-1613). La femme se tient très près de son compagnon : chez Van Dyck, elle est assise dans un fauteuil, chez Picasso elle se tient, appuyée sur son bras, la tête contre son épaule. Et même regard un peu perdu dans le vague de la femme.
Même importance du fond du tableau qui met en valeur le couple, chez Van Dyck la tenture vénitienne rouge et l’ouverture vers la campagne “aère l’univers jusque là confiné du portrait bourgeois”, chez Picasso, le lavis gris donne encore plus de relief aux quelques traits noirs qui forment le dessin du couple.
Indéniablement, dans ces deux tableaux, on sent par rapport à l’époque où ils ont été peints, la modernité poindre.”Au-delà de sa fidélité aux usages du portrait flamand relatifs à la place des conjoints et à leur attitude respective (affimée pour l’homme plus effacée pour la femmme), ce tableau apparaît atypique dans le premier quart du 17ème siècle”. En effet à cette époque, la formule des portraits individuels présentés en pendant étaient la norme. Au delà de la représentation de nus inspirée par le classicisme et les références à la mythologie (il s’agirait de Mars et Vénus), le traitement retenu par Picasso est original ici dans la mesure où il est dénué de tout érotisme. Mais ce qui m’impressionne peut être le plus dans ces deux oeuvres c’est la proximité affectueuse que l’on ressent et la tendresse bienvaillante de l’homme envers sa compagne.
Commentaires
joye — 18 décembre 2008 à 18:35
Ah, Rubens, j’adore ! À son époque, j’aurais été star ! Vous ne serez donc pas surprise de savoir que j’ai fait le pélerinage à sa maison à Anvers…
:-)
Merci beaucoup, j’adore votre blog aussi.
Laëtitia Delaide — 18 décembre 2008 à 18:47
Merci beaucoup pour ton commentaire Joye :-)!
Et aussi, je crois savoir, un détour par la cathédrale d’Anvers …
Peut être ne le sais-tu pas mais Van Dyck devint, à dix huit ans à peine, le second de Rubens.
Tilleul — 18 décembre 2008 à 22:02
Je suis aussi frappée par la tendresse montrée par Van Dyck… ça devait être très rare à cette époque où les couples étaient “arrangés” sans amour nécessaire…
Oserai-je avouer mon inculture en ce qui concerne Picasso… Je le croyais surréaliste et expressionniste… Comme quoi, j’ai encore appris quelque chose aujourd’hui…
Laëtitia Delaide — 18 décembre 2008 à 22:32
Bonsoir Tilleul, oui, c’est assez rare pour l’époque, cette oeuvre est “singulière par le souci de mettre l’accent sur l’harmonie et l’affection que se porte les époux qui renouvelle l’atmosphère empruntée et distante qui caractérisait souvent la représentation des conjoints” (catalogue de l’exposition). On retrouve cette même tendresse dans le “Portrait de famille” peint en 1620 (http://www.culturespaces-minisite.com/vandyck/01presentation/01.html).
Je ne crois pas que ce soit de l’inculture concernant Picasso, il a touché à tellement de style … je dois te l’avouer, je ne connaissais pas vraiment ce “classicisme” chez Picasso … et je viens de le découvrir à l’exposition “Picasso et les Maîtres” qui a lieu en ce moment au Grand Palais.