Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

Couleur automnale ...

23 septembre 2010 · Bleu de cobalt

Couleur automnale aujourd’hui avec ce tableau de J.M.W. Turner au caractère inachevé : “on se trouve en face d’un brouillis de rose et de terre de Sienne brûlée, de bleu de de blanc, frottés avec un chiffon, tantôt en tournant en rond, tantôt en filant en droite ligne ou en bifurquant en de longs zigzags” ! (1)

Turner - Paysage avec une rivière et une baie au loin, vers 1845__

“Confluent de la Severn et de la Wye”, dit “Paysage avec une rivière et une baie au loin”, vers 1845

Paysage au contour à peine esquissé, seule la silhouette d’arbre se détachant à droite permet de raccrocher l’oeil à un élément connu et de l’emmener le long des méandres de la rivière, jusqu’aux collines au loin et au lac bleuté… Enlevez cet élément et nous serions déjà dans l’abstraction, même si “loin de se détourner du réel, l’abstraction offre sous cet angle une traduction inédite, plus synthétique, du monde visible” (2).

Je dirais même une traduction poétique que certainement Marcel Proust (3) n’aurait pas reniée…

(1) Dixit le critique d’artJoris-Karl Huysmans

(2) D’après la présentation de l’exposition“Aux origines de l’abstraction” qui a eu lieu au Musée d’Orsay en 2004

(3) Pour la petite histoire, il semblerait que Marcel Proust ait pu voir ce tableau qui faisait partie de la collection de l’industriel Camille Groult


Commentaires

Pierre24 septembre 2010 à 16:01

Comment ne pas aimer? On a envie de regarder de très près, à quelques centimètres, et de parcourir ainsi l’ensemble de la peinture; puis de se reculer un peu. En conservant en mémoire ce qu’on ne distingue plus.
Merci pour la possibilité offerte (comme à chaque fois) d’agrandir un peu l’image. Et pour la référence à Huysmans et à Proust. Continuez à les faire parler!


myriam24 septembre 2010 à 17:27

Merci Pierre pour votre enthousiasme à propos de Huysmans et Proust ! Je vous sais amateur éclairé de littérature et c’est toujours un petit plus je crois d’essayer de reconstituer l’atmosphère d’une époque.
Pour ma part,ce tableau de Turner me renvoie vers ceux de Zao Wou-Ki…


ARTIGUE jocelyne24 septembre 2010 à 21:45

Bonsoir,
peinture, littérature l’alliance est interessante
bonne continuation
JA


Jean-Christophe Pucek26 septembre 2010 à 07:33

Chère Myriam,
Comme le souligne Pierre, il est particulièrement intéressant de pouvoir remettre une œuvre en perspective en s’appuyant sur certains des jugements qu’elle a pu provoquer. Je ne sais pas si on lit encore beaucoup Huysmans de nos jours, mais il y a des choses extrêmement intéressantes (et parfois très drôles) à y piocher : l’homme avait indiscutablement un œil aussi averti que parfois féroce.
Merci pour ce premier billet d’automne, plein de poésie.
Bon dimanche et bien amicalement.


Pierre26 septembre 2010 à 10:44

D’accord avec vous, Myriam, à propos de Zao Wou-Ki
Pour la structure globale, les valeurs, autant que la finesse de traitement.


joye26 septembre 2010 à 15:27

Je pense avoir vu cette exposition avec ma copine de St-Prix ! Que le monde est petit !


myriam26 septembre 2010 à 19:23

@ Bonsoir Jocelyne, merci pour votre passage.

@ Cher Jean-Christophe, voici un autre jugement dont la chute est féroce ! c’est celui d’Edmond de Goncourt qui a pu voir ce tableau parmi la collection de Camille Groult : “Il y a, parmi ces toiles, un Turner : un lac d’un bleuâtre éthéré, aux contours indéfinis, un lac lointain, sous un coup de jour électrique, tout au bout de terrains fauves. Nom de Dieu ! Ça vous fait mépriser l’originalité de Monet et des autres originaux de son espèce !” (Journal, Paris, Robert-Laffont, 1989, T. III, p. 374, 18 janvier 1890)
Très belle fin de journée à vous !

@ Oui, Pierre, quelle finesse dans ses œuvres !

@ Joye, c’est fou ça ;-)