Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

Rétrospective Robert Cahen - Le souffle du temps

10 avril 2010 · Bleu de cobalt

Si vous êtes à Paris, je vous invite à vous rendre au Musée du Jeu de Paume (jusqu’au dimanche 18 avril) à la rétrospective consacrée à Robert Cahen, vidéaste, réalisateur et compositeur de formation.

Cahen - Sept visions fugitives, 1995Invitation à un voyage, avec cette rétrospective de ses films et vidéos, cet artiste vous emmène vers des rives inconnues, vers des horizons picturaux insoupçonnés, dans des histoires à la fois réalistes et improbables.

Au détour d’une image vivace, fugace ou ralentie, précise ou floue, intermittente ou persistante, qui se dérobe ou s’affirme, vous serrez spectateurs, vous ressentirez l’enchevêtrement de votre dédale intérieur, vous parcourrez les étendues ondoyantes des blés semblables à vos cheveux, vous pourrez palper l’eau tellement limpide qu’elle en devient matière minérale, vous serez vous-même une ombre fugitive, vous pourrez approcher le monde flottant, ce monde ralenti, sans début, ni fin, ce monde éphémère et intemporel, délicieusement poétique…

“Le choix du ralenti par exemple, qui traverse toute mon œuvre, reste un des points primordiaux de mon écriture : il tente de raconter, entre autres, ce qui ne se voit pas, l’invisible, mais aussi dans son étirement, de proposer une partition nouvelle, une lecture ouverte pour le spectateur qui va se projeter dans les images ralenties et qui alors peut se raconter sa propre histoire. Il y a aussi la tension, le suspens de ce qui doit arriver, contenu dans le “ralenti”, et puis comme le disait si bien Roland Barthes, il y a le “ralentir pour avoir le temps de voir enfin” (dans son livre “La chambre claire”).” (1)

Cahen - Sept visions fugitives, 1995

Beauté et fluidité des paysages, persistance de ceux-ci ou des visages ou des corps, ou liquéfaction des arbres, de la mer, du ciel, l’image danse, oscille et se répète, le temps joue, oscille et revient en arrière, la bande son - bruits des essieux sur les rails, battements secs, cris d’enfants, bruits de monitoring, etc… - jalonne, métronome le temps qui s’écoule inexorablement… alors que le cinéaste voudrait le retenir, le dompter, l’immobiliser…

Cahen - Sept visions fugitives, 1995

Je reste encore avec le souvenir de cette dernière scène des “Sept visions fugitives” où nous sommes en Chine sur un marché. Caméra au poing, nous nous frayons un chemin parmi la foule, les hommes et les femmes présents nous voient ou nous ignorent, ou encore s’écartent au dernier moment, ils nous regardent curieux ou incrédules, et nous, nous les regardons amusés, un moment d’humanité singulière naît, le temps s’est métamorphosé l’espace d’un instant…

(1) Propos de Robert Cahen

(2) La programmation de la rétrospective,ici


Commentaires

elisabeth10 avril 2010 à 20:00

Comme tu as été réceptive au propos de Robert, merci à toi


myriam11 avril 2010 à 12:23

Merci surtout à Robert Cahen de nous offrir une telle poésie.


grillon14 avril 2010 à 17:52

J’aime surtout le fait d’être spectateur, lol !


myriam14 avril 2010 à 20:07

Grillon, je voulais souligner la mise en abîme que nous propose Robert Cahen sur certaines de ses images, nous voyons ainsi un train défiler sous nos yeux et nous captons comme un tableau les scénettes que nous apercevons (cela m’a fait penser à ce tableau d’Hopper) ou encore à cette image vue aujourd’hui qui m’a fait penser au cadrage resserré de certains tableaux de Mantegna http://www.lefigaro.fr/photos/2010/04/12/01013-20100412DIMWWW00603-24-heures-photo.php
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