Icônes contemporaines (1)
Icônes publicitaires ou people déifiés ?
J’avoue que l’exposition “Le grand monde d’Andy Warhol” qui a lieu en ce moment au Grand Palais a aiguisé ma curiosité, mais qu’elle me laisse un peu perplexe …
Ma première rencontre avec les œuvres d’Andy Warhol, figure centrale du pop-art, s’est faite avec les fameuses bouteilles de Coca-Cola et les boîtes de soupe Campbell, ces objets symboles de la société de consommation américaine, de l’“american way of life”. Sortis de leur contexte utilitaire, ils sont transformés par Warhol en œuvres d’art, comme sacralisés, avec une répétition qui reflète la production de masse, celle du produit ordinaire fabriqué en série, mais si l’on y regarde de plus près cette répétition n’est qu’apparente puisque certes l’image paraît la même mais qu’elle n’est pas tout à fait la même : par exemple, les 32 boîtes de soupe Campbell montrées ici sont toutes différentes !
Ma première rencontre s’est faite aussi avec l’un des nombreux portraits de Marilyn Monroe (ci-contre, “Twenty Marilyns (Marilyns in color)” , 1962, tableau que l’on peut voir au début de l’exposition) ! Je vous livre une partie du commentaire qui accompagne dans le petit journal de l’exposition le tableau “Twenty Marilyns”. “Répétée inlassablement, sacralisée par la reproduction processionnelle de son effigie, Marilyn est à la fois comme vidée de sa substance et sublimée en tant qu’icône contemporaine. Wahrol y souligne le double glissement à l’œuvre dans son art du portrait : le basculement du profane au sacré et de la vie à la mort”.
Largement influencé par son travail de publicitaire, on sent au fil des années et de l’exposition une maestria de plus en plus importante des portraits : approche esthétique avec le gommage des imperfections, maîtrise du trait, de la quantité de peinture utilisée, des couleurs retenues (notamment son bleu turquoise) qui deviennent de plus en plus flashy ou qui scintillent avec de l’utilisation de la poudre de marbre. Comme il le dit lui-même : “J’essaie toujours de rendre le visage aussi beau que possible”.
Par leur caractères, ces œuvres sérigraphiées étaient à l’époque inhabituelles comme le souligne Irving Blum, le premier galiériste à avoir exposé les œuvres d’Andy Warhol, pour ces années qui étaient marquées par l’expressionnisme abstrait. A l’heure actuelle, à l’ère des médias et de la toute puissance des images, ces œuvres apparaissent finalement comme relativement ordinaires, et avec une pointe de provocation, comme des photomatons améliorés.
Expo : “Le grand monde d’Andy Warhol” au Grand palais
envoyé parcap24-wizdeo. - Futurs lauréats du Sundance.
A suivre …
Commentaires
mariev — 06 juin 2009 à 09:40
Je suis de plus en plus partagée dans mes opinions sur Warhol. Il m’a beaucoup intéressée il y a une vingtaine d’années, mais aujourd’hui, c’est l’agacement qui l’emporte :
placé dans son époque, sa provoc et les questionnements amenés par ses oeuvres sont excellents, même si l’aspect pictural ne m’a jamais complètement plu (en termes de “beau” … ce qui est parfaitement subjectif)
placé dans notre époque, la répétition de ses techniques confinent au gavage … et représentent tellement bien l’affreuse société de consommation dans laquelle nous vivons … la répétition d’icônes me donne mal au coeur, trop révélatrice à la fois de la surconsommation, de l’individualisme forcené, et de l’anonymat qui en découle (l’extraordinaire devient ordinaire)
En cela, il a été soit visionnaire (le fameux “quart d’heure de célébrité), soit opportuniste … et au vu de la longueur de mon comm (que j’essaye pourtant de résumer), continue de soulever des débats, des irritations, des colères ou des admirations … N’est-ce pas ce qu’un artiste est censé faire, entre autres?Quoi, par la force de son symbole d’une société devenue folle et sans grand intérêt - c’est-à-dire “ordinaire”, je ne peux plus l’aimer … nous avons besoin d’extraordinaire (c’est confus, non?) ;)
joye — 07 juin 2009 à 00:47
Et tu es perplexe pourquoi ?
(j’ai lu deux fois, je te le jure !)
myriam — 08 juin 2009 à 22:10
Bonsoir Mariev, il est effectivement révélateur d’une époque, celle de la société de consommation et la représente particulièrement bien, y compris dans cette répétition qui vire à l’obsession. Même, d’une certaine façon, il est l’équivalent actuel des peintres de cours qui croquaient les portraits des rois et des reines, puis progressivement ceux des bourgeois influents.
D’un point de vue artistique, c’est là où je suis un peu plus perplexe, nous vivons désormais dans un monde sursaturé d’images, d’images glamour ou d’images d’horreur, et finalement je n’ai pas ressenti beaucoup d’émotions en voyant cette exposition, à l’exception de quelques portraits vraiment réussis comme son auto-portrait en 1966-1967, An American Lady en 1976, Jean-Michel Basquiat en 1982-1984, Lenin en 1986, ou encore celui de Sonia Rykiel …
Bonne fin de soirée !
:-)
myriam — 08 juin 2009 à 22:15
Hello Joye ! Perplexe, je comprends que tu l’ai été …
J’ai un peu remanié mon texte, l’ordre des idées en fait pour terminer sur l’approche actuelle de l’œuvre de Warhol et personnellement je reste un peu sur ma faim et, comme je le dis à Mariev, je suis peut être restée un peu étrangère à cette exposition qui est trop superficielle ou qui dégage cette superficialité …
Me comprends-tu mieux ?
joye — 09 juin 2009 à 06:58
C’est très intéressant, myriam.
Je pense que Warhol a été aussi (sinon plus) influentiel et véritablement aussi talentueux que beaucoup d’artistes contemporains (comme Twombly, Pollock et d’autres) dans le monde d’art et dans la conception de ce qui qualifie d’art, à mon avis. Je ne vois pas que ses oeuvres soient moins bonnes ou moins impressionnantes ou profondes que certaines d’autres que vous avez présentées ici.
À mon avis, le phénomène Warhol est un beau exemple d’une vérité peut-être cruelle : que pour la réussite d’un artiste (écrivain, acteur, chanteur) aux yeux du public, il s’agit moins d’un soi-disant talent que d’être dans ce que j’appelle “le bon endroit au bon moment”.
Et que tout le monde ait ses 15 minutes de renommée est de plus en plus vrai ces jours-ci. En quelque sorte, Warhol était un prophète.
Mais voilà, c’est juste mon opinion. Je n’ai aucune formation en art, évidemment.
myriam — 10 juin 2009 à 11:05
Hello Joye, sans aucun doute Andy Warhol a été un artiste contemporain influent, l’exposition révèle un coloriste remarquable, mais quelque part je n’ai pas été prise, bouleversée par cette exposition … Les artistes que tu cites comme Twombly, et plus encore Pollock m’interpellent bien plus, et nous renvoient vers notre inconscient …
joye — 10 juin 2009 à 23:52
Mais tout art peut faire cela. Ou pas.
Je crois que c’est une erreur de dire qu’il “nous” renvoient chez “notre” inconscient. Ces deux artistes sont mieux appréciés chez certains que chez d’autres. Mais c’est pareil pour tout artiste qu’on peut nommer, je crois.
Quant à Warhol, je crois que la personne lambda s’identifie plus à la pop culture qu’à la plupart des oeuvres modernes ou encore, certaines oeuvres classiques, même après de longues explications à propos de leur valeur intrinsique.
Et si l’art est pour tout le monde.
myriam — 11 juin 2009 à 00:24
Oui, Joye, j’acquiesce, j’aurai dû dire personnellement ces artistes me renvoie vers mon inconscient, parce que sinon je suis partiale … et c’est vrai que la culture pop art renvoie à un art populaire, à un art pour tout le monde.