Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

Printemps italiens (1)

19 mai 2009 · Bleu de cobalt

Un Christ escaladant une échelle pour monter sur sa croix, voilà une image tout à fait insolite que j’ai pu découvrir à la superbe exposition sur les Primitifs italiens, La collection du musée d’Altenbourg, qui a lieu jusqu’au 21 juin 2009 au Musée Jacquemart-André à Paris.

Lippo Memmi - Vierge à l'enfant, vers 1320-1322 Cette collection rassemble des œuvres qui ont été produites de 1280 à 1470, dans les villes de Sienne et de Florence, qui sont le berceau de la peinture italienne. Celle-ci frappe à la fois par la présence de ces œuvres sur fond d’or caractéristique de l’influence byzantine et à la fois par les prémisses qui annoncent déjà la peinture de la Renaissance avec “l’humanisation de la figuration de Dieu et des personnages représentés, l’apparition des paysages terrestres et la relation avec la réalité du monde perçu, la réalisation picturale d’architectures complexes pour localiser les scènes évoquées” (1) (5).

Lorenzetti - Vierge à l'Enfant, vers 1340-1345 Symptomatique de cette évolution, je voudrais vous présenter trois représentations de la Vierge à l’Enfant par des peintres siennois qui ont particulièrement retenu mon attention.

A gauche, cette Vierge à l’Enfant est de Lippo Memmi (vers 1320-1322, (2)). Très proche de la Maesta peinte plus tôt en 1315 par Simone Martini au Palazzo Pubblico de Sienne, cette peinture frappe par la majesté de la Vierge (la Vierge se tient assise, de face, sur un trône dont le dossier est revêtu d’un brocard d’or aux entrelacs végétaux) et par la douceur qui en émane (les tons roses pales des visages, des mains et des vêtements sont particulièrement mis en valeur avec le manteau bleu lapis-lazuli de celle-ci) (3).

Liberale da Verona - Vierge à l'enfant, vers 1470 A droite, il s’agit d’une œuvre de Pietro Lorenzetti, datant de 1340-1345 (détail, (4)). La Vierge tient dans ses bras l’Enfant emmailloté, dans un geste affectueux. Elle est revêtu d’un manteau d’un bleu particulièrement lumineux.

Enfin, dans cette dernière œuvre (ci-contre, à gauche, (4)) de Liberale Da Verona, réalisée vers 1470, la Vierge et l’Enfant sont représentés de façon particulièrement tendre et réaliste, comme le serait une mère qui tient son enfant dans ses bras.

Extrême douceur, éclat et vivacité des couleurs, finesse dans le détail des ornementations, il me semble que le temps s’est arrêté …

A suivre …

(1) Conférence“Les primitifs italiens, du ciel d’or divin au ciel bleu de la terre”, Gilbert Croué, Arts et vie plus, été 2002

(2) Tempera sur panneau de bois, vers 1320-1322, Musée Lindenau, Altenbourg, © Bernd Sinterhauf, Lindenau Museum, Altenburg, 2008

(3) Voir aussi la“Sainte Marie-Madeleine”, du même peintre, 1325 ? Avignon, musée du Petit Palais

(4) Musée Lindenau, Altenbourg, © Bernd Sinterhauf, Lindenau Museum, Altenburg, 2008

(5)Note sur l’exposition par Alix dans le Blog “L’œil à l’œuvre” que je vous recommande


Commentaires

Jean-Christophe19 mai 2009 à 19:33

Bonsoir chère Myriam,
Je me doute que cette exposition doit être bien belle, et comme je n’aurais pas - fin de la rédaction de mon travail de recherches oblige - le temps de m’y rendre, je vais suivre avec beaucoup d’intérêt les échos que vous en offrirez ici.
Difficile d’ajouter quoi que ce soit à vos lignes bien informées. Je retiens l’ombre d’inquiétude qui passe dans le regard de la Vierge de Lorenzetti et l’onde de tendresse qui nimbe celle de Liberale de Vérone.
Merci pour cette belle première promenade et bien amicalement à vous.


myriam20 mai 2009 à 22:57

Bonsoir cher Jean-Christophe, cette exposition est effectivement très belle et l’on en ressort sous le charme …
Et, très modestement, je vais essayer de continuer à vous faire partager un peu de ma visite.
Bien amicalement à vous.


Tilleul21 mai 2009 à 20:38

Qu’elle est belle, la vierge de Lorenzotti! Et l’enfant! J’aime beaucoup son bras qui entoure sa mère…
La chance d’habiter Paris avec toutes ces merveilleuses expositions!! Heureusement grâce à Myriam et Philippe, nous en découvrons une partie…


mariev22 mai 2009 à 20:49

La première représentation me paraît encore trop mise en scène et guindée, très respectueuse malgré le fait, si j’ai bien compris, qu’on commence alors à oser montrer ces personnages bibliques en les liant au monde réel contemporain.
La deuxième, uniquement centrée sur les personnages sans plus de décorum me touche beaucoup plus, c’est certain … Mais le regard de la Vierge n’est pas des plus sereins …
La troisième, à l’inverse, et curieusement (étant agnostique) … je la trouve un peu trop “libérale”, et la béatitude apparemment “consciente” de l’enfant Jésus ne me plaît pas … En revanche, le visage de la Vierge y est d’une douceur remarquable …
J’aime les tonalités or / bleu de ces influences … byzantines, dites-vous? ;)


Laëtitia Delaide22 mai 2009 à 23:12

Bonsoir Tilleul, nous sommes ravis de pouvoir vous faire partager nos visites et nos découvertes, en attendant de vous voir pourquoi pas avant Vienne à Paris (avec steack frites et religieuse au chocolat !)
Belle fin de semaine !
:-) !


myriam22 mai 2009 à 23:24

Bonsoir Mariev, je suis plus attendrie également par la Vierge de Lippo Memmi … Ces œuvres sont effectivement marquées par l’influence byzantine comme par exemple les mosaïques que l’on peut voir à Ravenne à la Basilique Saint-Apollinaire in Classe http://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Sant%27Apollinare_in_Classe ou à la Basilique Saint-Apollinaire le Neuf http://fr.wikipedia.org/wiki/Basilique_Sant%27Apollinare_nuovo
Belle nuit étoilée et soleil radieux pour ce week-end !
;-)


joye23 mai 2009 à 15:50

S-u-p-e-r-b-e-s !

Et bravo pour l’idée de les juxtaposer comme ça.

(on dirait du presque-Klimt, non ?)


myriam24 mai 2009 à 22:49

Oui, on dirait du presque-Klimt ! Il ne faut pas oublier que son père était orfèvre ciseleur et qu’il en a hérité le goût pour le travail de l’or.