Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

La ligne claire

24 mars 2009 · Bleu de cobalt

Titin l'Ile NoireVoici une note ès Bachi-Bouzouk pour notre amie Tilleul !

Dans l’abondante littérature qui a été consacrée au dessinateur Hergé , je crois que l’on a déjà évoqué plusieurs fois la filiation entre son univers esthétique et celui des estampes japonaises.

CeUtagawa Hiroshige 1 que l’on appelle la “ligne claire” pour désigner le style d’Hergé (1), est bien une des caractéristiques des maîtres de l’estampe japonaise et ce qui en fait le caractère fascinant. Le trait qui délimite l’espace, les personnages, les éléments (ex : les vagues dans ce qui nous concerne) est une ligne franche, nette mais qui conserve toute sa plasticité. Le plus impressionnant dans cette technique est le rendu d’un relief par le jeu des couleurs et la superposition des lignes avec des dégradés très délimités, voire, pas de dégradés du tout dans le cas des bandes dessinées d’Hergé.

Cette ligne claire n’est en outre absolument pas statique et dispose d’un pouvoir exceptionnel de suggestion du mouvement, d’un dynamique qui lui est propre.

J’ai pris deux exemples, dans l’esprit de la catégorie “trait pour trait” du blog. Cette fois, cette expression peut vraiment être prise à la lettre. Je me pique au jeu de comparer la fameuse couverture de l’Ile Noire d’Hergé avec l’estampe Vue des tourbillons de Naruto à Awa du maître Utagawa Hiroshige.

J’en trouverai certainement d’autres que je partagerai avec vous lors d’une prochaine note.

(1) Unpetit film sur “La Ligne Claire par Hergé”


Commentaires

Tilleul24 mars 2009 à 20:51

Oh merci pour cette surprise! J’aime beaucoup Hergé (un Belge aussi…) mais je suis surtout contente de voir que Bleucobalt est de nouveau “à deux” pour poster ses billets… :-)
C’est vrai qu’il y a une “filiation” entre les dessins d’Hergé et les estampes japonaises, je n’y avais jamais fait attention…


mariev24 mars 2009 à 21:22

ouf … ça demandera de ma part une étude plus approfondie, ça ne me saute pas aux yeux (peut-être n’ai-je pas bien saisi le concept, mais c’est pas grave, puisque vous y reviendrez)

ou peut-être suis-je leurrée par l’impression de mouvement tellement plus puissante dans l’estampe de Utagawa Hiroshige, qui fait que je ne parviens pas à observer au-delà

;)


myriam25 mars 2009 à 18:21

Je t’en prie Tilleul :-)
Moi-même, c’est lors d’une exposition organisée relativement récemment au Musée Marmottan sur les estampes japonaises collectionnées par Monet que cette filiation s’est tout de suite imposée …


grillon25 mars 2009 à 18:29

C’est génial, cette comparaison ! Du coup, j’ai vu dans la pointe d’une vague d’Iroshige la silhouette en écume de Milou !


Gilles26 mars 2009 à 06:24

Est-ce que cette aquarelle de Carl Larsson colle à la définition ?

Carl Larsson, “Blomsterfönstret”, 1894

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8c/Blomsterfönstret_av_Carl_Larsson_1894.jpg


mariev26 mars 2009 à 13:10

ah oui, merci Grillon … maintenant je vois Milou chez Hiroshige!!
;)


joye26 mars 2009 à 14:01

Ah oui, bravo.

Hiroshige est très apprécié ici aux Huesses (plus qu’Hergé, j’ose croire…si, si, si).


myriam26 mars 2009 à 17:13

-> Bonjour Mariev, nous allons essayer de trouver d’autres comparaisons, pourtant déjà là, tu as le cadrage à la façon d’une estampe japonaise, la simplicité du trait qui délimite l’espace et l’absence de dégradé de couleur (c’est l’alternance des couleurs dans le ciel qui donne l’impression de la perspective pour la couverture de “L’île Noire”). Sinon, je te l’accorde la puissance de la mer chez Hiroshige ne peut se comparer … Enfin, si tu vois Milou maintenant, nous sommes sauvés !
-> Grâce à toi Grillon, comme Mariev, je vois Milou surfer sur la crête de la vague !
-> Bonjour Gilles, l’aquarelle que tu proposes colle effectivement à la proposition, et je choisirais plutôt de la rapprocher de cette estampe là d’Hiroshige http://belcikowski.org/ladormeuseblogue/wp-content/uploads2009/estampesj_chat.jpg Cent vues d’Edo, ‘Les rizières d’Asakusa au moment de la fête du coq”, 101e planche de la série (119 planches, 1856-1859)
-> Hello Joye, il faut dire que les estampes d’Hiroshige sont vraiment magnifiques ! http://www.intermonet.com/japan/hiroshige/estampe.htm et http://expositions.bnf.fr/japonaises/arret/08.htm


Cacoune26 mars 2009 à 22:47

Etonnant ! Et je découvre avec plaisir Hiroshige.
Merci de m’avoir informée ;)


myriam27 mars 2009 à 09:37

Pas de quoi Cacoune, je sais que tu apprécies les estampes japonaises …


justine01 avril 2009 à 18:24

en quoi consiste son style “la ligne claire”? répondez vite!
j’aimerais bien savoir


Laëtitia Delaide01 avril 2009 à 21:36

Bienvenue sur notre blog !
Hergé lui-même dans le texte “Après avoir écrit un synopsis de 2 ou 3 pages, j’effectue mon découpage sur de petites feuilles où je griffonne des croquis… Cela fait, je passe au travail proprement dit sur planches grand format et, là, j’y vais de toutes mes forces… Je crayonne, et je rature, et je gomme, et je recommence jusqu’à ce que je sois satisfait. (…) Puis, case par case, je vais prendre un calque de tous ces crayonnés. Cela signifie que, parmi tous ces trais que s’entremêlent, se surposent, se dédoublent, s’entrecroisent, se recoupent, je vais choisir celui qui me paraît le meilleur, celui qui me semble à la fois le plus souple et le plus expressif, le plus clair et aussi le plus simple, celui qui exprime au maximum le mouvement, et cela tout en essayant de conserver toute la spontanéité, la fraîcheur, le jaillissement du premier jet, même si le premier jet a exigé un long travail”. Le musée imaginaire de Tintin, 1979


Miette17 avril 2009 à 15:59

Bonjour,

j’ai découvert avec plaisir votre blog en venant du “Poisson rêveur”; j’ai particulièrement pensé à votre note aujourd’hui, lors de la visite de l’exposition Henri Rivière à la BNF (site Richelieu) — très belle exposition qui comporte notamment, en guise d’hommage et de transposition des 36 vues du Mont Fuji, 36 vues de la tour Eiffel.
Quelque chose me tarabustait en sortant de cette exposition, un nom que j’avais “sur le bout de la langue” (tout en me demandant si le lien avec H. Rivière était pertinent ou non): il s’agissait de Benjamin Rabier (peut-être à cause de la présence des vaches dans plusieurs œuvres de Rivière ?). Du côté de ce dernier, en tout cas, le lien (en aval) avec Hergé est attesté !
— ainsi qu’une certaine parenté avec Alfons Mucha, qui m’a rétrospectivement éclairée sur certains aspects des lithographies de H. Rivière.
Mais peut-être suis-je en train d’entremêler trop de fils …


Laëtitia Delaide22 avril 2009 à 14:40

Bienvenue sur notre blog Miette !
Merci pour vos multiples pistes complémentaires http://www.bnf.fr/PAGES/cultpubl/exposition_1026.htm et http://www.bnf.fr/PAGES/cultpubl/pdf/saison0809expos09.pdf