Abstractions naturelles (1)
Après mes interrogations sur ce qu’est une œuvre d’art, je vous propose d’initier une petite série sous le nom “d’abstractions naturelles”.
Il n’y a rien de très original de faire référence à des formes biologiques ou géologiques pour mettre en évidence leur capacité à nous plonger dans un monde abstrait, stimulant notre imagination et nos rêves. Je vous propose ici un cas très particulier. Il s’agit de photographies de la planète Mars collectées par différentes sondes de la NASA et qui ont, je trouve, une puissance picturale particulière. Elles évoquent de façon saisissante les ondulations, forces secrètes, diversions telluriques des couches sédimentaires les plus folles. Le jeu des couleurs est également fascinant (même s’il sera quelquefois artificiellement généré par des filtres numériques utilisés par la NASA). On perd en outre totalement la notion d’échelle.
Le plus exigeant des peintres / plasticiens conceptuels ou abstraits ne pourrait viser une telle perfection. On part d’une sphère de terre et de sable, percutée de météorites, dont la surface est modelée avec une tourmente incessante par des vents carboniques, à des températures qui, du jour à la nuit, frôle les extrêmes. Un monde qui nous est encore (pour l’instant ?) irréel, imaginaire…
Mars - Cratère Victoria - Source :NASA.
Commentaires
jardinbaroque — 07 mars 2009 à 13:13
Bonjour Myriam,
Magnifique cliché dont vous avez raison de souligner la beauté et la force poétique. Même si la photographie a peut-être été magnifiée par l’utilisation de filtres (donc, ce n’est plus du réalisme, c’est de l’art ;o) …), elle offre une belle preuve qu’il est difficile de dépasser la Nature quand elle se fait artiste.
J’ai hâte de découvrir les autres trésors que vous nous réservez.
Amitiés à vous.
PS : je suppose que vous connaissez le travail d’Andy Goldsworthy qui me semble aller tout à fait dans le sens de ce que vous proposez ici ? Qu’en pensez-vous ?
Gilles — 07 mars 2009 à 21:18
Je me demande combien de vos lecteurs voient ce cratère en relief plutôt qu’en creux… C’est mon cas, surtout pour les formes circulaires, mais aussi pour les tranchées ou les lits de rivières asséchées. Voici un exemple de la solution que je dois employer : inverser la vidéo (Commande-Option-Contrôle-8 sur Macintosh). Alors je vois l’image normalement. Ce problème ophtalmologique porte un nom… que je cherche. (Je vous le donnerai si je le retrouve.)
Gilles — 08 mars 2009 à 09:30
J’ai trouvé le nom : disparité binoculaire.
L’acuité stéréoscopique est le seuil juste perceptible de la parallaxe stéréoscopique. Elle varie en fonction des individus (excentricité rétinienne) et du contenu fréquentiel (longueur d’ondes et contraste) des images.
J’ai demandé à un ophtalmologiste de mes connaissances, et il m’a dit qu’en dehors de la géométrie de l’œil, des facteurs comme la fatigue et l’angle de vue peuvent produire le phénomène. Il a sans doute raison, car sur mon portable je vois toujours le cratère en “creux”, alors que sur mon ordinateur de bureau, je le vois parfois en “creux” et parfois en “relief”.
(Désolé si mes commentaires sont un peu hors sujet…)
brigetoun — 08 mars 2009 à 10:08
une douceur extrême et une composition raffinée
Tilleul — 08 mars 2009 à 12:24
C’est magnifique! Et ces vaguelettes en forme de filet, c’est étrange… Il y a aussi l’idée de penser que c’est si loin… Cette photo me fait rêver! Merci Bleucobalt et bon dimanche!
Laëtitia Delaide — 08 mars 2009 à 16:02
Bonjour Jean-Christophe, c’est Philippe qu’il faut remercier ici, c’est lui qui est l’auteur de cette note.
Nous ne connaissons pas Andy Goldsworthy http://fr.wikipedia.org/wiki/Andy_Goldsworthy mais grâce à vous nous découvrons ces œuvres et je crois que nous allons en présenter certaines. Effectivement, son travail va tout à fait dans le sens de ce que nous présentons ici http://florica.files.wordpress.com/2008/10/andy-goldsworthy-21.jpg ou http://famousquoteshomepage.com/Images/Andy_Goldsworthy_Maple_Leaves_Arrangement.png
Bonne fin de dimanche.
Laëtitia Delaide — 08 mars 2009 à 16:18
Bonjour Gilles, vos commentaires ne sont pas si hors sujet que cela ! Il concerne l’œil, le “voir”. J’imagine qu’un peintre comme Victor Vasarely ne doit pas être très aisé à voir pour vous ou certains ouvrages que l’on peut voir en 3D, en fixant l’image assez longtemps.
Laëtitia Delaide — 08 mars 2009 à 16:21
Oui, il y a beaucoup de douceur, je songe au sable qu’on laisse filer entre ses doigts …
Laëtitia Delaide — 08 mars 2009 à 16:27
Bonjour Tilleul, cette photographie nous fait rêver et pourtant, insensiblement, elle me fait penser à la pupille d’un œil, sujet que reprend pour moi Andy Goldsworthy, artiste de Land Art, que Jardin Baroque vient de nous faire découvrir http://naturalismo.files.wordpress.com/2008/10/andy_goldsworthy_rowan_leaves_with_hole.jpg
Bonne fin de dimanche.
lulu — 08 mars 2009 à 20:37
Bonjour, je suis venue sur votre blog via celui de Grillon. C’était il y a à peu près un mois, j’ai pris le temps de lire tous vos posts entretemps, ça m’a beaucoup enrichie. J’ai été sur d’autres sites tout aussi intéressants, entre autres celui de Jardin Baroque, où j’ai encore un tas de posts à lire. Mais… depuis hier matin, je n’arrive plus à accéder à son blog… J’ai voulu essayer en passant par vous, puis en passant par Giorgino qui est aussi sur “ma bulle”, sans succès. Pouvez-vous m’aider?
Un grand merci d’avance!
Lulu
Laëtitia Delaide — 08 mars 2009 à 22:02
Bienvenue sur notre blog Lulu ! Nous sommes ravis que vous vous soyez “enrichie” à la lecture de notre blog et d’autres blogs amis.
Effectivement, le blog “Jardin Baroque” était inaccessible … depuis hier, je ne suis parvenue pas à y accéder, j’ai eu un message un certain moment comme quoi ce blog était en maintenance (j’ai compris jusqu’au 08/03 à 20h00) et ce soir j’y accède de nouveau ! Bonne balade !
lulu — 08 mars 2009 à 22:43
En effet, ça fonctionne! Merci! Et bonne fin de soirée!
Lulu
Laëtitia Delaide — 08 mars 2009 à 22:56
Bonne fin de soirée à vous également !
Gilles — 09 mars 2009 à 10:41
Abstractions naturelles… Sur « abstraction »… Je suppose que tout dépend de la définition que l’on donne à « abstraction » mais l’expression m’apparaît contradictoire. Toute œuvre n’est-elle pas abstraite du simple fait qu’elle « représente » à notre esprit une réalité, et n’est pas une réalité en elle-même, si ce n’est la matérialité de son support et de ses pigments dans le cas d’une peinture ou de son matériau dans le cas d’une sculpture ? Je donne exemple ; considérons le peintre le plus « réaliste », disons James Tissot, ou plus récemment les toiles « hyper-réalistes » de Don Eddy ou les sculptures de Ron Muecke. À mon avis ces œuvres ne sont « réalistes » que par convention, car le point de vue, l’éclairage, le cadrage et la dimension, sans parler des sons et des odeurs (qui sont forcément absents) ne correspondent pas au réel. Je dis donc qu’elles sont aussi abstraites que le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch qui, si on veut, « représente » de façon réaliste… un carré blanc.
Sur « naturelles »… Mais là où le sens de l’expression « abstractions naturelles » me semble le plus difficile à saisir, c’est dans cet adjectif. À mon avis la Nature ne représente rien, sauf à lui reconnaître une conscience et un « besoin » de s’exprimer. Que la nébuleuse NGC 7293 ressemble à un œil (humain, mais seulement de notre point de vue ; si nous la voyions sous un angle différent, elle ne nous apparaîtra pas comme un œil) est une construction de notre cerveau, et la Nature ne le sait pas !
Je me résume : « l’abstraction » est une convention de notre culture, de même que le « réalisme » (par ex. la manière de représenter les rochers dans la peinture chinoise et dans la peinture occidentale diffère totalement). La Nature ne « représente » rien car il faudrait lui attribuer une intentionnalité, et de plus, dirigée spécialement vers notre forme d’esprit humain.
Tout ceci étant posé, je puis convenir de voir une œuvre d’art dans la photo du cratère Victoria, sans oublier qu’il ne recèle pas beaucoup de « douceur » (la température moyenne sur Mars est de -60° et la pression atmosphérique est plus faible qu’au sommet de nos plus hautes montagnes) et qu’il a presque 750 km de diamètre ; il n’est pas perceptible en tant que cercle à partir de la surface de Mars.
Autrement dit, la photo du cratère n’est pas le cratère, mais j’admets qu’il est… beau. Reste à définir « beau ».P.S. Ce cliché montre le petit robot-géologue “Opportunity” au bord du cratère Victoria…
http://www.astronet.ru/db/xware/msg/1216737
joye — 10 mars 2009 à 09:04
On a beau essayer de s’en échapper, l’art imite la nature. Parfois plus parfaitement que d’autres. Je n’avais pas encore vu d’images de Mars comme celle-ci, c’est fort intéressant. Merci !
myriam — 10 mars 2009 à 09:47
Bonjour Gilles,
Effectivement tout tableau est une “abstraction” qui représente plus ou moins la réalité ou du moins ce que l’on perçoit de la réalité …
Sans faire de la philologie, le terme “naturelle” ici est utilisé au sens où il n’y a pas eu d’interventions, d’interactions humaines, la nature est comme cela et comme le dit joye “on a beau essayer de s’en échapper, l’art imite la nature”.
Un dernier petit mot, votre post scriptum est intéressant dans la mesure où il nous montre une photographie bien plus large que celle montrée ici du cratère Victoria avec le positionnement du robot et ses trajets, photographie descriptive à mes yeux, qui, a priori, n’aurait pas fait l’objet d’une note …
myriam — 10 mars 2009 à 09:59
C’est très vrai ce que tu dis joye, voire par moment troublant d’un point de vue philosophique, c’est comme l’infiniment grand et l’infiniment petit qui se rejoignent …
Nous montrerons bien d’autres exemples où l’art imite la nature, mais pouvons-nous faire autrement ?
Gilles — 11 mars 2009 à 07:50
« […] le terme “naturelle” ici est utilisé au sens où il n’y a pas eu d’interventions, d’interactions humaines, la nature est comme cela […]”
Je comprends mieux… Je suis d’accord pour dire qu’il n’y a pas d’intervention humaine dans la formation du cratère, mais notre sélection de l’échelle, de l’angle de prise de vue, le cadrage et la colorisation créent l’objet. Je pense que là résident les interactions.