Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

L'audace des esquisses

14 janvier 2009 · Bleu de cobalt

Numérisation0002 Les esquisses des peintres figuratifs ont une force expressive particulière. Le sujet est pris sur le vif, le trait est forcément rapide, guidé par la volonté de traduire la future composition dans les grandes masses, sans être prisonnier des contraintes qu’imposera la représentation plus détaillé du sujet. Elles reflètent même comme une forme d’abstraction de ce dernier et préfigurent justement l’audace de l’art moderne, ce pas qu’il faut encore franchir vers une représentation plus conceptuelle du monde.

Parmi les innombrables exemples, je mentionnerais volontiers celui des Falaises d’Etretat , pastel de Claude Monet , où la falaise, en contre-jour, monolithique et imposante, fend un espace horizontal comme une forme géométrique brisant les nuances subtiles de rose et de bleu d’un ciel d’aube ou de crépuscule. Cette étude annonce véritablement Nicolas de Staël , avec son Chemin de fer au bord de la mer, soleil couchant dont la parenté esthétique est troublante.

_De Stael seaside railway_Les traitements chromatiques sont certes complètement différents. La douceur du pastel s’oppose aux couleurs franches de l’huile, Monet joue sur des dominantes de couleurs froides, de Staël sur des couleurs chaudes. En outre, on peut opposer la masse inerte et sourde de la falaise à celle fugitive et dynamique du train noir. Pourtant, la décomposition et géométrisation de l’espace sont très comparables. Claude Monet, avec une telle étude, annnonce le travail quant à lui abouti d’un Nicolas de Stael tirant les formes réelles vers l’abstrait et qui écrivait “on ne peint jamais ce qu’on voit ou croit voir, on peint à mille vibrations le coup reçu, à recevoir, semblable, différent.”


Commentaires

Tisseuse14 janvier 2009 à 14:20

j’aime ces flous, ces suggérés, ces aperçus....


Laëtitia Delaide14 janvier 2009 à 21:45

Merci Tisseuse, belle soirée étoilée !


Tilleul14 janvier 2009 à 22:30

Je suis un peu déçue de ce tableau de Monet… Le ciel est magnifique certes, mais cette “masse” bleue imposante qui figure les falaises me semble énorme… En revanche, j’admire l’oeuvre de Nicolas de Staël… Le choix et la répartition des couleurs… C’est sublime. Le blanc au-dessus du train illumine l’horizon…


Laëtitia Delaide15 janvier 2009 à 11:01

Pour Monet, ce n’est qu’une esquisse, et la falaise est en contrejour ce qui explique cette masse sombre monolithique … C’est vrai que dans l’oeuvre de Nicolas de Staël il y a une vibration indéfinissable …


joye15 janvier 2009 à 15:23

Merci d’avoir évoqué par cette esquisse ma visite à Étretat il y a deux ans. Ma copine m’a dit que les tout petits bateaux qui partaient sur les vagues s’appelaient des “optimistes”, mais c’est moi qui me voyais en optimiste pour monter jusqu’en haut de la falaise ! ;-)

Je connais bien les meules et les coquelicots de Monet, je ne connaissais pas celles-ci (évidemment). Je vous suis reconnaissante de faire ainsi mon éducation. L’apprentissage est très, très agréable !


Laëtitia Delaide15 janvier 2009 à 17:34

C’est vrai que les falaises à Étretat sont hautes, hautes …
Merci pour ton compliment ! ;-)


la dilettante17 janvier 2009 à 02:29

Si vous avez envie de voir de magnifiques toiles de Monet, une trentaine, dont le sujet est Venise, ville qu’à priori il ne considérait pas comme un bon sujet, mais qu’il croqua sur place et dans son atelier, venez visiter l’exposition à la Fondation Beyeler à Riehen près de Bâle, je vous y accueillerai avec plaisir.


jardinbaroque17 janvier 2009 à 11:11

Le monde des esquisses est effectivement fabuleux, quel que soit le médium employé par l’artiste, peinture ou dessin. Ces essais, parfois très aboutis, nous permettent non seulement de comprendre le processus à l’œuvre qui va conduire au résultat final, mais donne aussi une sensation de proximité intime avec le créateur souvent bien plus intense que la contemplation du tableau achevé.
Merci à tous les deux pour ce billet une fois encore passionnant.
Bien cordialement.


Laëtitia Delaide17 janvier 2009 à 14:13

Bonjour Elisabeth, merci pour l’invitation, d’ici le 12 février cela risque d’être un peu court, mais à l’occasion pourquoi pas. Je mets le lien vers votre article très intéressant sur cette exposition http://elisabeth.blog.lemonde.fr/category/art/page/2/.

Merci Cher Jardin pour votre passage.


mariev18 janvier 2009 à 20:44

je préfère nettement Nicolas de Staël ici, c’est plus dynamique et plus subtil, je trouve
(bon … je me décide à commenter, un peu … je me sens tellement ignare en la matière …)
;)


Laëtitia Delaide18 janvier 2009 à 21:42

Bienvenue mariev, mais non, mais non tu n’es pas ignare …