Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

Résurgences ...

30 juin 2010 · Bleu de cobalt

Aujourd’hui je voudrais revenir sur le retable d’Issenheim et sur un rapprochement que je n’aurais jamais pu faire si je n’avais, hasard de calendrier et d’expositions, visité quelques temps auparavant l’exposition “Pollock et le chamanisme” à la Pinacothèque de Paris.

Grünewald - Rétable d'Issenheim, La tentation de Saint-Antoine

En découvrant le panneau du retable consacré à la tentation de Saint-Antoine, j’ai eu l’impression de me retrouver devant le tableau “Birth” peint par Jackson Pollock dans les années 1938-1941.

Étonnamment, je ressens le même élan, les mêmes formes créatrices, alors que ces deux œuvres sont issues d’horizons différents : dans un cas, il s’agit d’un retable qui, lorsqu’il était regardé, devait aider les malades atteints du mal ardent à guérir avec l’intercession de Saint-Antoine ; dans l’autre cas, il s’agit d’une œuvre du vingtième siècle influencée par le primitivisme présent dans l’art moderne.

Mais comment ne pas être frappé par la ressemblance entre ces démons mi-hommes, mi-animaux, aux étranges têtes d’oiseaux, de dragons et de cervidés avec ces formes et animaux totémiques (un œil ovoïde, une figure d’oiseau, une tête d’aigle) qui “semblent prendre vie comme par magie pour nous raconter l’histoire chamanique de la naissance, du printemps ou de la venue au monde” (1).


Pollock - Birth, 1938-1941

Comment ne pas voir la transformation recherchée, avec dans un cas repousser au loin les forces du mal et parvenir à guérir d’un mal inexplicable et maléfique, et dans l’autre cas, par les images et formes en mouvement, représenter “l’émergence d’un homme nouveau, autrement dit l’expérience chamanique transformatrice de l‘“extase” vitale” (2).

Grünewald - Retable d'Issemheim, détail de la tentation de St Antoine 1512-1515 Et peut être le mystère de Grünewald est-il à rechercher là, dans cette part enfouie dans l’inconscient, “dans une réalité visionnaire où forces surnaturelles et cultures ancestrales se conjuguent pour inviter l’homme (…) à la transcendance” (3), dans cette résurgence des temps immémoriaux comme le souligne Détours des Mondes dans sa dernière note.

(1) (2) et (3) Extraits du catalogue de l’exposition “Pollock et le chamanisme”, Octobre 2008



Commentaires

AD-Mary4403 juillet 2010 à 03:26

c’est bien à Colmar que l’on peut admirer le retable ? Lors d’un prochain séjour chez les enfants il faut absolument que nous passions une journée dans cette très belle ville. On ne s’en lasse pas ; je pense que je pourrai également admirer l’oeuvre de Bartholdi.
TES ARTICLES SONT D’UNE RICHESSE - MERCI

Mercredi j’ai fait mes adieux au groupe de mon atelier de modelage ; un moment bien émouvant que je partage avec vous aujourd’hui


myriam04 juillet 2010 à 19:56

Bonjour Maryvonne, oui c’est bien à Colmar, au musée d’Unterlinden, que l’on peut admirer le retable.
Ce moment a dû être particulièrement émouvant pour vous et je laisse un petit mot chez vous.


Marion Sabourdy13 juillet 2010 à 09:02

Merci pour le lien vers mon blog et bravo pour ces articles très intéressants !


myriam13 juillet 2010 à 09:35

Bienvenue sur notre blog Marion ! Votre blog est également passionnant !


amaryllis20 juillet 2010 à 04:32

j’aime bien ta manière de raconter les tableaux. Je n’y connais pas grand chose même si j’aime me promener dans les couloirs des musées … quand j’ai le temps ! tu me donnes les clés d’une autre manière de voir. Je viens de passer de magritte à pisanello en passant par degas et encore autre chose ici… on voyage sur d’autres toiles que le net chez toi et c’est bien agréable ! merci pour tes commentaires qui développent mon regard !!!