Balade dans 'L'âge d'or hollandais' (2)
… suite
Aujourd’hui, je vous propose de poursuivre notre balade dans “L’âge d’or hollandais” avec quelques scènes d’intérieur et quelques portraits.
A droite, “L’atelier du tailleur” ,de Quiringh van Brekelenkam, huile sur toile peinte en 1661 et à gauche “Scène d’intérieur avec une mère épouillant son enfant” de Pieter de Hooch, vers 1658-1660 (1). Nous sommes ici plongés dans la vie ordinaire mais qui acquiert, par le biais de la représentation picturale, une sorte de sacralisation.
Extrême géométrisation de l’espace, plans successifs qui nous mènent du premier plan (objets au sol, bouts de tissus, chien assis) en passant par la scène principale (femme qui va récupérer une veste chez un tailleur, mère qui vérifie la chevelure de sa fille) à l’arrière plan (pour l’un échappatoire sur un tableau accroché au mur, pour l’autre sur une fenêtre ouverte) et qui nous invitent à entrer dans la pièce, jeux de lumière apporté par la fenêtre, près de laquelle les personnages se tiennent pour trouver de la lumière, nous sommes indéniablement devant des maîtres du nord.
Plus encore que pour les deux portraits accrochés en pendant de Frans Hals, “Portrait d’homme” , et “Portrait de femme” , j’ai craqué pour “Un Oriental” , tableau peint par Rembrandt en 1635. Port altier, regard teinté d’une certaine mélancolie, le travail sur le rendu du tissus et du turban (voir le zoom) est remarquable.
Autre portrait que j’ai également trouvé touchant et poétique, il s’agit d’un tableau de Gerard Ter Borch d’une “Jeune fille assise en costume de paysanne” peint vers 1650. “Rendue pensive par la lecture d’un poème, la jeune femme se détourne du spectateur. Son regard vague et mélancolique se perd dans la pénombre. Peintre raffiné de l’intimité bourgeoise, Ter Borch enveloppe son modèle, sans doute sa sœur Gesina, elle-même artiste, dans un délicat clair-obscur. La lumière parcimonieuse vient sommairement éclairer le costume pittoresque, dont les peintres aimaient alors vêtir leurs figures” (2).
… à suivre
(1) en cliquant sur les deux tableaux vous pouvez zoomer
(2) Hors série de Connaissance des Arts sur L’âge d’or hollandais, en association avec le Rijksmuseum, Jean-François Lasnier, p. 28
Commentaires
Jean-Christophe Pucek — 07 février 2010 à 15:13
Deuxième enchantement avec ce billet, chère Myriam. Je m’interroge sur la portée morale de l’Atelier du tailleur, les scènes de genre hollandaises en étant rarement dépourvues. Je ne serais pas surpris qu’il se niche dans l’objet et les bouts de tissus qui se trouvent au sol - une allusion au caractère un peu vain de la parure ? - mais sans certitude.
Je reste, tout comme vous, assez fasciné par les deux portraits que vous proposez, par leur indicible mélancolie si bien saisie au vol d’un instant arrêté.
J’attends la suite avec gourmandise !
Bien amicalement.
joye — 07 février 2010 à 15:26
J’aime tant ces gens et ces scènes ordinaires, mais un peu “warmifiés” comme on peut faire sur Picasa. ♥
Allie — 07 février 2010 à 16:33
Très intéressants billets que ceux de cette série sur l’âge d’or hollandais!
AD-Mary44 — 07 février 2010 à 20:22
Vraiment c’est un grand plaisir de lire et d’admirer les tableaux que tu nous présentes. MERCI
myriam — 08 février 2010 à 09:23
-> Merci cher Jean-Christophe, c’est vrai que l’on peut s’interroger… il me semble normal qu’il y des chutes de tissus dans un atelier de couture ! mais compte tenu du soin apporté à la composition globale du tableau on ne peut que se dire qu’il y a là une intention moralisatrice …
Bien amicalement et à la prochaine balade !-> Par certains aspects, cette peinture peut sembler austère et froide, et pourtant si tu la regarde de visu certains détails sont si charmants (si tu zoomes sur les deux premiers tableaux, tu peux voir jusqu’aux frisotis des cheveux pour le jeune apprentis tailleur, jusqu’à cette tendresse maternelle) et la lumière est si douce et chaude (accord de jaune, de rouge et de brun, bleu limpide, rehaut doré) que je trouve cette peinture chaleureuse (ce doit être mes racines un peu du nord…)
-> Merci pour votre commentaire et bienvenue sur notre blog Allie !
-> Je t’en prie Maryvonne ! C’est un plaisir pour moi également de partager mes visites d’exposition.
Paul — 10 février 2010 à 12:28
Ce qui me touche particulièrement dans ces tableaux des maîtres du Nord, c’est que rien n’y est dérisoire. Rien n’y est de trop. Le quotidien y acquiert soudain toute son insupportable importance. Figé par le lumineux talent du peintre, l’instant banal devient émouvant. Ces œuvres disent ce que nous sommes.On y lit bonheur, désespérance, fierté ou abandon.
Merci, chère Myriam, de ces beaux moments.
myriam — 10 février 2010 à 21:42
Comme vous dites vrai, cher Paul, “le quotidien y acquiert soudain toute son insupportable importance”…
Cette balade continue encore sur un épisode.
Bien à vous.