Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

James Ensor : un peintre démasqué ? (1)

9 janvier 2010 · Bleu de cobalt

Comme quoi rien ne remplace la contemplation des œuvres de visu ! En allant voir la rétrospective James Ensor au Musée d’Orsay, je m’attendais à une exposition macabre, morbide avec la présence fantomatique des masques et squelettes et bien pas du tout, c’est la provocation et la farce qui reprennent le dessus, c’est la lumière et la couleur qui l’emportent !

L’exposition ouvre sur la modernité d’Ensor. Formé à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, il a du mal avec l’académisme ambiant et, en 1880, il revient à Ostende, station balnéaire dont il est originaire et s’installe dans le grenier de la maison familiale d’où il peint. Paysages, natures mortes, portraits, scènes de genre, ses premières œuvres laissent difficilement présager de la tournure fantasmagorique que va prendre sa peinture.

Ensor - La mangeuse d'huîtres, 1882

Pourtant sa peinture n’est pas véritablement appréciée. En 1882, sa “Mangeuse d’huîtres” est refusée au Salon d’Anvers. Il est vrai que cette toile est bien monumentale (207 x 150,5 cm) pour traiter d’un tel sujet à l’époque. Allégorie du bien vivre, du bien manger, sa sœur (qui lui a servi de modèle) est représentée ici en ogresse rabelaisienne qui continue d’être absorbée par son repas alors que l’autre convive a quitté la table … à moins que cela ne soit une invitation du peintre à nous montrer une superbe nature morte (le rendu des textures tissus, porcelaine, verre, buffet et pied de la table en bois) et une harmonie extraordinaire des couleurs (le rendu de la nappe blanche, le fameux citron jaune des peintres flamands, l’orange des boissons, la corbeille de fruits, la tranche rouge du livre sur le buffet …).

Ensor - Adam et Eve chassés du paradis terrestre, 1887 Comparé aux impressionnistes, il réfute avec vigueur l’analogie : “on m’a rangé à tort parmi les impressionnistes, faiseurs de plein air, attaché aux tons clairs. La forme de la lumière, les déformations qu’elle fait subir à la ligne n’ont pas été comprise avant moi”. Pour lui, toute idée d’instantanéité est exclue, et cela se traduit jusque dans le matiérage de ses peintures qui sont dans ses débuts empâtées (empâtement qui est posé au couteau et au besoin retravaillé, gratté comme dans les “Toits d’Ostende”).

Autre particularité de ce peintre, alors que ses contemporains pour la plupart peignent des scènes d’extérieur, de genre ou de transformation de la ville, il peint, rattrapé par le symbolisme, des scènes bibliques ou religieuses ce qui est quelque peu singulier ; ci-dessus, Adam et Ève chassés du paradis terrestre , en 1887. A noter dans cette toile, une fois de plus, l’extrême vivacité des couleurs du ciel et l’importance accordée à celui-ci (presque les trois quarts de la toile) avec Adam et Ève, à droite, que l’on distingue à peine de la terre.

A suivre …

(1) Présentation interactive de lamême exposition au MoMA

(2) Billet“Art Ensor” sur le blog de Grillon où vous découvrirez s ___es superbes natures mortes
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Commentaires

Paul09 janvier 2010 à 16:40

Il savait si bien défier la mort, s’en moquer. Sa peinture, je la sens si vive, si violente, rauque, insolente, libre - terriblement.
Adam et Eve… Masaccio est bien loin. Peut-être enfin dans ce tableau ont-ils tous deux appris comment se fondre en cette terre, comment y vivre - libres. Le prix à payer, après tout, n’est pas grand chose : il leur faudra juste accepter de mourir. Les fureurs affolées du ciel flamboyant après tout, n’y pourront rien. On n’a pas besoin de dieux, n’est ce pas, pour vivre -libres- et pour mourir…


ap09 janvier 2010 à 21:50

Étrange itinéraire que celui de J.Ensor… Une peinture âpre et lumineuse, un univers qui se replie progressivement jusqu’au silence. J’aime particulièrement ses natures mortes et ses scènes d’atelier. Le macabre est parfois joyeux en peinture, le sien particulièrement.
Bonne année à vous également.


joye10 janvier 2010 à 14:44

Je reconnais Ensor, le Bozart de Bruxelles, l’Orsay et Ostende !

Ahoui, la suite ! la suite !

(et merci !)

:-)


myriam10 janvier 2010 à 19:14

Eh bien Paul pour un premier commentaire (mais je sais que vous êtes un lecteur discret de Bleu de cobalt) c’est un coup de maître ! Vous venez de déposer le 1000ème commentaire !
Et pur hasard ou coïncidence la petite surprise que j’ai prévue devrait particulièrement vous plaire.
Permettez-moi de vous demander hors antenne votre adresse pour que je puisse vous l’envoyer …


myriam10 janvier 2010 à 19:33

Bonsoir appeau vert, oui, il est comme un certain nombre d’autres artistes, une intense période créative et artistique jusqu’à l’âge de 40 ans, puis après un replis jusqu’au silence comme Edvard Munch, Arthur Rimbaud, Camille Claudel …
Très belle année à vous riche en émotions artistiques !


myriam10 janvier 2010 à 19:35

Bonsoir Joye ! La suite va arriver !!!
;-) !


Oncle Dan10 janvier 2010 à 22:32

Il est superbe, le blog de Myriam !


myriam11 janvier 2010 à 09:54

Merci Oncle Dan et bienvenue sur notre blog !


AD-Mary4412 janvier 2010 à 15:18

en effet les affiches ne me donnaient pas envie de découvrir ce peintre. Je crois que le musée des beaux arts d’Angers l’a exposé et je l’ai manqué. DOMMAGE


myriam12 janvier 2010 à 21:23

Ne serait-ce pas l’exposition qui a eu lieu au musée des beaux arts d’Anvers ? http://www.artpointfrance.info/article-31644655.html


Paul16 janvier 2010 à 08:44

Pardon de ne pas vous avoir répondu sur votre site, chère Myriam, mais juste par courriel. J’étais tout ému de ma chance, émotion partagée, comme vous le savez, avec notre amie commune.
Je frémis de curiosité attentive en attendant de recevoir, dans mon lointain village, votre surprise.
Paul (le millième !)