Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

Un déjeuner peut en cacher un autre !

3 juillet 2009 · Bleu de cobalt

Autant vous le dire tout de suite, lors de l’exposition “Picasso et les Maîtres” au Grand Palais, je n’ai pas été voir le pendant qui était organisé au Musée d’Orsay autour du déjeuner sur l’herbe, finalement peu sensible aux multiples digressions qu’a pu en faire Picasso alors qu’avec cette toile peinte en 1903, “La Famille Soler” , visible au Grand Palais (d’habitude au Musée d’art moderne de Liège), il avait déjà retenu ce thème en le traitant d’une manière tout à fait singulière.

Picasso - La famille Soler, 1903

Toile peinte pendant sa période bleue, de dimension plus modeste (150 x 200 cm) que le déjeuner sur l’herbe de Manet (voir la note précédente), elle en reprend la composition avec la nappe blanche au premier plan et les personnages se détachant d’un fond neutre, plutôt à dominance de bleu vert. Il est à préciser que celle-ci est la partie centrale d’un triptyque, puisqu’elle se trouve flanquée “des portraits symétriques des deux époux Soler (ici et ) pour composer le retable de quelque autel domestique” (1).

Ici, ce qui frappe c’est la profonde tristesse et l’ennui mortel qui semble toucher l’ensemble des personnages avec au centre du tableau, non plus une femme prenant son bain dans les sous-bois comme chez Manet, mais une petite fille campée sur ses jambes, toute de noire vêtue, et vous fixant avec insistance, droit dans les yeux, alors que tous les autres personnages sont assis et regardent ailleurs.

Ce pique-nique improvisé (?) de retour de chasse avec la gibecière, le fusil et le lièvre mort au tout premier plan prend l’allure d’une étrange réunion de famille où chaque personnage semble étranger à la scène comme marqué, lui aussi, par le sceau de la vanité

(1) Extrait du catalogue de l’exposition “Picasso et les Maîtres”, Editions de la Réunion des musées nationaux, p. 155



Commentaires

Jean-Christophe05 juillet 2009 à 17:45

Oui, chère Myriam, il y a indubitablement comme une chape qui pèse sur cette famille, ce que l’on retrouve d’ailleurs dans certains tableaux hollandais de la fin du XVIe siècle. Je partage absolument ce que vous dîtes au sujet de la dimension de Vanité de cette toile, renforcée encore, à mon sens, par le plat et la bouteilles vides.
Bien amicalement.


mariev06 juillet 2009 à 09:40

oui, il est terrible ce tableau … on a l’impression que tous les personnages sont aussi morts (perdus) que le lièvre … bbrbbr
;)


myriam06 juillet 2009 à 11:53

Bonjour à vous deux, je crois que ce qui m’a le plus impressionné dans ce tableau c’est la petite enfant, en noir, debout, qui vous regarde avec insistance et aplomb comme si c’était l’ange de la mort …