Bleu de cobalt

Regards sur la peinture, la couleur et la lumière — chroniques de Myriam, 2008–2010

Le fauve et le ciseleur

3 octobre 2008 · Bleu de cobalt

Troublant parallèle que l’on peut faire entre deux tableaux qui n’ont qu’une trentaine d’années d’écart : les jardiniers de Gustave Caillebotte (1875) et les ramasseurs de pomme de terre de Maurice de Vlaminck (1904).

Caillebotte_les_jardiniers_1875_2 La thématique est la même : le renvoi à cette terre, si ancrée dans la culture française. Un singulier clin d’œil bien involontaire : des jardiniers qui arrosent et des paysans qui récoltent. Et, du point de vue de la composition, des lignes de fuite qui répondent à des règles de perspective très comparables : une série de lignes partant de la droite des deux tableaux convergent vers le même point de fuite à gauche sur l’horizon. Les jardiniers, comme les paysans, sont vêtus de chapeaux et chemises blanches comme de pantalons sombres. La comparaison s’arrête là.Vlaminck- Ramasseurs de pommes de terres

Ensuite, tout oppose, sur le plan formel (chromatisme, matérialisation de la ligne) le méticuleux Caillebotte, avec son style froid, statique et sa technique léchée, au fauve Vlaminck qui initie une forme d’abstraction, une dynamique incroyable, remodelant l’espace avec ses traits épais appliqués au couteau et ses couleurs éclatantes.

C’est vraiment étonnant de voir à quel point ces deux tableaux sont aussi proches et différents à la fois.


Commentaires

jardinbaroque10 octobre 2008 à 21:24

Bonsoir Myriam et Philippe,
En fait, je n’ai pas grand chose à ajouter à ce que vous dîtes sur ces deux œuvres, mais je tiens à vous remercier de m’avoir donné le plaisir de découvrir ce tableau de Caillebotte que je ne connaissais pas et auquel je trouve un caractère complètement intemporel. Je suis certain que si l’on excepte certains détails (costume, outils) cette scène pourrait dater aussi bien du XVIIe que du XIXe siècle, ce qui la rend, du moins à mes yeux, particulièrement émouvante.
Bien cordialement.


Philippe Delaide12 octobre 2008 à 18:50

Cher Jardin Baroque. Merci pour votre commentaire. C’est vrai que, finalement, le tableau de Caillebotte est d’une facture très classique et, si ce n’étaient les détails que vous mentionnez à propos des modèles, il demeure assez intemporel et n’a rien de “XIXème siècle”.