Le Greco peintre post-impressionniste ?
La question peut être posée, non pas à propos de la révolution chromatique apportée par le post-impressionnisme, mais plutôt au sujet de la transformation de la ligne, du chamboulement de règles classiques des proportions et de la perspective.
Il n’y a rien de très original de signaler que le Greco tient une place toute singulière dans l’histoire de la peinture de la Renaissance. Pour les uns son style révèle une accentuation extrême des travers esthétiques du maniérisme, annonçant une forme de décadence des formes tardi
ves de la Renaissance. Pour d’autres, explication plus prosaïque, le Greco “souffrait” d’un défaut de vision de naissance qui provoquait une perception déformée de la réalité, conduisant le peintre à reproduire le monde avec les distorsions que suggéraient sa vision anormale. En tout état de cause, j’ai trouvé un parallèle troublant entre deux peintures du maître espagnol et les formes esthétiques propres à deux grands peintres post-impressionnistes, et ce, à ma connaissance, sans que ces derniers ne revendiquent une quelconque filiation ou influence.
Le première parallèle est entre deux toiles fameuses : l’une est la Vue deTolède , du maître espagnole, que j’avais découverte au Metropolitan Museum de New York. Il s’agit, je crois, du seul paysage qu’ait peint le Greco. L’autre est l’illustre Nuit de Van Gogh. Dans les deux cas, l’espace se distord sous l’influence de courbure imprimées par la vision du peintre. D’ailleurs, ce ciel de Tolède, est-il comme pour Van Gogh celui d’un paysage de nuit, également éclairé par une pleine lune, cette fois enfouie sous la masse nuageuse ? Cette similitude, avec l’espace de trois cents ans, est troublante.
Le deuxième parallèle est, tant au niveau de la comp
osition que de la forme (spécifiquement le trait et l’approche esthétique dans la représentation du corps humain), entre La mort de Laocoon du Greco et les Baigneurs de Cézanne. Seules les couleurs de la lumière sont radicalement différentes. Sinon, un autre trait commun, ne serait-ce que thématique, me semble être la référence éternelle à l’Antiquité.
Commentaires
jardinbaroque — 17 septembre 2008 à 21:17
Bonsoir Myriam et Philippe,
J’ignorais cette anecdote au sujet du Greco, mais les rapprochements que vous suggérez sont absolument passionnants et éclairants. Je ne sais si les déformations de la réalité qui marquent les œuvres du Greco sont dues ou non à un problème physiologique, ou une exaspération de la ligne que l’on rencontre souvent chez les maniéristes et qui va aboutir à la torsion baroque, ou à une imagination débridée ou encore à des techniques particulières (comme Vermeer dans la Vue de Delft), mais ce qui est certain, c’est que ce langage particulier lui a permis de tracer, à la fin de la Renaissance, une voie tout à fait singulière.
Merci pour ce beau billet.
Bien à vous.
Philippe — 17 septembre 2008 à 22:31
Cher Jardin Baroque. Merci pour ce commentaire sincère et qui nous touche beaucoup. Je trouve que le Greco représente de toute façon le forme la plus achevée du maniérisme, tout comme Bronzino d’ailleurs. Mais c’est vraiment fou de voir à quel point ce parti pris esthétique, considéré comme une forme de décadence d’un art noble et académique, annonce l’art moderne. Bien à vous. Philippe