Trait pour trait : de Juliette à Thérèse
Cette filiation très nette entre Courbet et Balthus m’est apparue lorsque j’ai découvert le portrait qu’avait fait Gustave Courbet de sa sœur Juliette. On y retrouve nombre de traits esthétiques des peintures de jeunes filles qui caractériseront l’œuvre de Balthus : visage figé, presque hiératique, posture et proportion étranges de la tête par rapport au buste, représentation presque naïve des traits du visage comme de la position du corps : signes pour les uns d’un manque manifeste de maîtrise technique, pour les autres d’un discours typiquement surréaliste, axé sur une forme de “désincarnation”. La seule différence notoire est la pose tout à fait respectable dans ce portrait de Courbet alors que les jeunes filles de Balthus apparaissent, pour la plupart, dans des positions manifestement suggestives.
Il est très intéressant de noter comment Balthus a pu marquer mon inconscient au point d’émerger aussi
spontanément à la découverte de la toile de Courbet et non l’inverse. En regardant la Juliette de Courbet, c’est instantanément “les beaux jours” ou “Thérèse” qui m’ont été suggérés.
La référence revendiquée de Balthus à Courbet est surtout connue dans son tableau la Montagne qui ferait explicitement référence aux Jeunes filles du village de Courbet.
Mais on pourrait aussi pousser la comparaison (et l’influence ?) entre les positions lascives caractéristiques des modèles féminins de Balthus avec celles de la Femme aux bas blancs de .... de Courbet.
Les deux peintres ont de toute façon en commun le fait d’utiliser un figuralisme correspondant aux techniques les plus classiques, sans toutefois y apporter un travail aussi approfondi que leurs contemporains, surtout pour bousculer les conventions bourgeoises, via les thèmes abordés et leurs sous-entendus.
Courbet : Portrait de Juliette (sœur de Courbet) - 1844.
Balthus : Thérèse rêvant - 1938.
Commentaires
Mary Mantion — 03 janvier 2011 à 20:39
Ce que vous dites est une opinion largement répandue, j’ai eu l’occasion d’en discuter avec une personne qui connaissait bien Balthus mais je pense que c’est inexact, pour la simple raison que Courbet représentait sa soeur sans arrière pensée érotique, ce qui fait polémique à tort ou à raison chez Balthus n’existe pas chez Courbet, c’est une franc-comtoise et croyez-moi ou pas, ce genre d’expression n’est pas hiératique, il est culturel et naturel, le trait est sûr, il n’y a pas distorsion de la forme du modèle, aucun angle, on voit juste l’arrondi du visage et la proportion faite pour souligner l’âge jeune et l’expression de quasi-sagesse dans sa tranquillité qui semble contraster.Au contraire de chez Balthus, il y a travail des ombres et nuances des couleurs, aucune violence ici sur le modèle, un rendu je le répète naturel.
Balthus aimait dire qu’il avait essayé de s’inspirer de ce grand peintre, pet-être parce que Courbet a une caution morale maintenant très forte et peut-être admirait-il l’homm, je ne suis pas sûre que cela aurait pu être réciproque.
Ceci est juste mon opinion et n’est pas une vérité.
Je précise que ma famille est originaire d’Ornans et a été en relation intime avec Gustave Courbet à l’époque
Salutations
Philippe — 08 janvier 2011 à 00:15
Il est vrai qu’évoquer Balthus en niant la nature systématiquement érotique de ses tableaux est d’emblée un exercice bancal. Je ne m’attachais ici qu’à la similitude du trait, de l’approche purement plastique, à la technique picturale utilisée. Le tableau de Courbet n’a en effet rien d’érotique ou, en l’occurrence, d’incestueux. Sa facture et l’atmosphère qu’il dégage, au delà de toute interprétation érotique, s’apparente, je trouve, au style surréaliste qui a, quant à lui, indéniablement influencé Balthus. Lorsque vous parlez de rendu naturel du portrait de Juliette Courbet, c’est étrange car c’est exactement l’inverse que je ressens. Je trouve, au contraire, que ce portrait présente une pose, une disposition assez artificielles, une représentation de l’espace qui crée une distorsion des lignes qui n’a rien de naturel. Tout cela est bien entendu très subjectif. Je vous remercie en tout cas pour votre commentaire et l’éclairage que vous apportez. Bien à vous.